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[Il y a exactement un an je vous envoyais...]

Lettre datée de Clamart, le 13 juillet 1926.

Correspondance

Auteur

Auteur Ernest de Gengenbach, dit aussi Jean Genbach
Personnes citées Alexandre Alexeïeff, Jésus-Christ, Kiki de Montparnasse, Jacques Maritain, Jean Cocteau, Pierre Reverdy
Destinataire André Breton

Descriptif

Lettre d'Eugène Gengenbach à André Breton, adressée de Clamart, le 13 juillet 1926.

Cette lettre figurait dans le dossier Gegenbach. Elle sera imprimée dans le n°8 de La Révolution Surréaliste. [Site André Breton, 2019]


 

Transcription

Clamart, 13 juillet 1926

Mon cher Breton, 

Il y a exactement un an je vous envoyais une lettre de Gérardmer vous faisant part de mes intentions de suicide... À cette lettre j'avais joint

  • ma photographie en ecclésiastique
  • celle d'une jeune artiste
  • celle du lac de Gérardmer, la nuit
  • celle du monastère de la Grande Trappe...

quelques jours plus tard, revenant tard la nuit du dancing du casino de Gérardmer je trouvai sur ma table une lettre à en-tête rouge R.S. que vous aviez adressée à ma cousine qui habitait une petite maison forestière auprès du lac de Retournemer. Dans cette lettre vous demandiez mon adresse et exprimiez le désir de me connaître. Nous nous vîmes peu de temps après à Troyes... et je vous suivais à Paris...

En ce moment je suis en soutane et me repose chez un artiste russe à Clamart... mais comme certaines personnes ayant appris que je venais de faire un séjour à l'abbaye de Solesmes, que je portais à nouveau le costume ecclésiastique, que je me trouvais mêlé à la

Société d'entreprise de Néo-Conversion

Cocteau, Maritain, Reverdy et frères

et que j'étais un admirateur d'un certain livre nommé :

Poésie et Religion

comme ces personnes insinuent partout que j'ai renié le surréalisme, et qu'après une année de folie, je suis revenu à l'Église, me réfugiant dans un monastère bénédictin... je viens démentir officiellement ces faussetés.

Je suis allé en effet à l'abbaye de Solesmes, mais il n'y a là rien d'extraordinaire. J'ai l'habitude d'aller plusieurs fois par an me reposer et me remplumer chez les moines...et l'on connaît dans le milieu surréaliste mon goût prononcé pour les fugues dans les monastères.

Je ne fais pas partie de la Société Cocteau-Maritain et je considère le livre prétentieusement intitulé Poésie et religion comme un crime de lèse-poésie et de lèse-mystique...

Quant au costume ecclésiastique je le porte en ce moment par fantaisie, parce que mon complet veston est déchiré... J'y trouve aussi une certaine commodité pour ébaucher des aventures amoureuses sadiques avec les américaines qui m'emmènent la nuit au Bois...

Cela m'a procuré certaines soirées très agréables en compognie de Kiki Roy aux terrasses des cafés de Montparnasse, le Select et le Dôme… Un gros monsieur Polonais, catholique s'est même indigné de voir un jeune abbé les roses à la boutonnière, boire des cherry brandys en compagnie de Kiki Ray, mais je ferai remarquer que le Christ ne fuyait pas la société des courtisanes... Il est même mort dans une compagnie plutôt douteuse, entouré de deux bandits, et ayant à ses pieds une poule de luxe de Galilée.

Il y a un an j'allais chaque nuit, seul dans une barque sur le lac de Géradmer... J'essayais d'avoir l'attrait du suicide... J'espérais que l'angoisse nocturne me pousserait fatalement sous l'eau noire, mais j'avais peur du froid... et puis mon imagination me faisait entrevoir autant d'aventures étranges possibles dans la Vie que dans la Mort, si bien que je n'ai pu me résoudre au suicide...

Mais je n'ai pas changé

Je n'ai trouvé aucune solution, aucun détour, aucun pragmatisme acceptable...

Il me reste la foi du Christ, les cigarettes et les disques de jazz qui me passionnent

Tea for two

Yearning

il me reste surtout le surréalisme...

Je vous prie donc, mon cher Breton, de faire paraître dans votre prochain numéro, la présente lettre, jointe à celle que je vous ai envoyée dernièrement, sur la question religieuse et sur mon séjour à l'abbaye de Solesmes... aussi que la petite illustration ci-jointe de mon état psychique faite par mon ami, le célèbre graveur Alexeïeff...

J'ai l'intention d'écrire mes mémoires à partir du jour où j'ai fréquenté le milieu surréaliste...

Je suis, mon cher Breton, votre ami bien dévoué,

P. Gengenbach

 

chez M. Alexeïeff,

40bis, rue Lazare Garrot,

Clamart Seine

Bibliographie

- André Breton (dir.), La Révolution Surréaliste, n°8, p. 29-30, décembre 1926.

Date de création13/7/1926
Languesfrançais
Notes

Ms - encre noire

4 feuilles in-4°

Lieu d'origine
Nombre de pages4
Référence366000
Vente Breton 2003Lot 1130
Mots-clés
CatégoriesCorrespondance, Lettres à André Breton
Série[Correspondance] Lettres de Jean Genbach, [Revue] La Révolution surréaliste
Lien permanenthttps://www.andrebreton.fr/fr/work/56600101000746
Lieu d'origine

Notice reliée à :

2 Œuvres
 
False

[Vous m'avez demandé d'écrire...]

-
Ernest de Gengenbach, dit aussi Jean Genbach

-

Lettre de Eugène Gengenbach à André Breton, datée de Clamart, le 9 juillet 1926.

Deux images, une transcription, une notice descriptive, une bibliographie.

[Correspondance] Lettres de Jean Genbach, [Revue] La Révolution surréaliste

False

Dossier Gegenbach : Retraite à Solesmes (4) — deux lettres et ex-voto

-
Manuscrit autographe signé de Jean Genbach — alias Gengenbach — paru dans le numéro 8 de La Révolution Surréaliste.

[Revue] La Révolution surréaliste