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Quinze agates et un lapiz dans une boîte à cigares

Various Objects

Description

Boîte à cigares contenant des agates du Lot, conservée à Saint-Cirq-Lapopie par André Breton.

Face du couvercle ornée d'un dessin à l'encre et aquarelle (de Miro ?) et d'un collage. Fonds couvert d’une carte manuscrite d’Aube Elléouët, datée de décembre 2000 : « Je soussignée Aube Breton Elléouët, certifie que cette boîte d’agates provient de la maison de mon père André Breton à St Cirq La Popie et que chacune de ces pierres ont été trouvées et choisies par André, au bord de la rivière Lot. Signature. J’ai offert cette boîte à [X] ». A l’intérieur, seize pierres dont quinze agates et un lapiz. [Musée de Cahors Henri-Martin]

Exposition.
- Cahors, Musée de Cahors Henri-Martin, La Maison de verre, André Breton initiateur éclaireur, 20 septembre - 29 décembre 2014

Bibliography

Pauk Duchein, « André Breton, L'Auberge des Mariniers et les Arts Populaires », Création Franche, n°47, Bègles, Décembre 2017, rep. p. 11.

Creation datesd
LanguagesFrench
Physical descriptionBoite en bois blanc recouverte de papier imprimébr/>13,5 x 21,5 x 5 cm
From / Provenancesl
Place of origin
Size13,50 x 21,50 x 5,00 cm
Copyrightphoto Nelly Blaya, © MCHM
Reference9052000
Keywords, ,
CategoriesAgates
ExhibitionAndré Breton, The House Of Glass
Permanent linkhttps://www.andrebreton.fr/en/work/56600100923891

 [La fête de St-Cirq s'est terminée...]

Carte postale envoyée de Saint-Cirq, le 19 juillet 1960

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët, Yves Elléouët

Description

Carte postale d'André Breton à Aube et à Yves Elléouët, envoyée le 19 juillet 1960 de Saint-Cirq-Lapopie.

 

Transcription

La fête de St-Cirq s’est terminée hier soir, sans qu’on ait aperçu Liliane. Son père déjeunait la veille et l’avant-veille chez Julia. En meilleure condition apparente que l’année dernière. St Médard continue à tenir ses promesses, on en conjure l’effet sur les plages où les belles pierres sont mieux éclairées. Je lis dans une revue cette évocation bretonne, si belle, vous l’aimerez :

Petit Soleil de Dieu, lève-toi dans le monde !
Mets ton petit chapeau violet
Mets ton petit chapeau sur la tête,
Avant que tu ne deviennes capitaine !
(île de Batz)

Nous vous embrassons.

André

Bibliography

André Breton (Jean-Michel Goutier éd.), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2009, p. 131

Librairie Gallimard

Creation datesd
Postmarked date19/07/1960
Destination address
Bibliographical material

carte postale en noir et blanc

Physical description

 Sur la carte postale : Saint-Cirq-Lapopie (Lot), Premier village de France avec son éclairage de nuit.

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_204

Copyright© Aube Breton, Gallimard, 2009
Reference19005024
Keywords,
CategoriesCorrespondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
Permanent linkhttps://www.andrebreton.fr/en/work/56600101000073
relwmap_works_label (1)

[Je m'en veux de ne pas avoir été le premier à t'écrire...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 24 mai 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Marie-Louise Bienaimé, Nicole Bienaimé, Elisa Claro Breton, Maurice Saillet, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube du 24 mai 1951, écrite à Saint-Cirq et envoyée au 123 avenue Malakoff, Paris XVIe.

 

Transcription

St Cirq, le 24 mai 1951.

Ma petite Aube chérie,

Je m’en veux de ne pas avoir été le premier à t’écrire mais d’abord il y a eu le voyage (presque tout entier sous la pluie battante) et ensuite l’inspection très détaillée de la maison de Saint-Cirq (qui est un labyrinthe ou à peu près). On commence seulement à retrouver quelque stabilité. Le ciel est un peu couvert aujourd’hui mais il faisait hier après-midi à l’ombre et on a l’impression d’avoir atteint enfin les très beaux jours. Dommage seulement que le régime de l’auberge soit ce qu’il est, à peu de chose près comme l’année dernière (le lit, la nourriture) mais Éliette est toujours aussi prévenante et gracieuse (si seulement elle dansait un peu moins en parlant). Pas encore eu le temps de chasser les papillons, quoique j’en aie déjà aperçu deux que nous n’avons pas. Encore une fois, c’est la maison qui prend presque tout notre temps et je t’assure qu’à la revoir elle en vaut la peine : elle est vraiment pleine de surprises. On a déjà abattu le plafond de la grande pièce qui menaçait ruine et le menuisier va bientôt venir poser les planches neuves ; on a enlevé de cette même pièce les constructions de bois qui déparaient la cheminée et l’escalier, fait apparaître les briques roses (que masquait un enduit de plâtre) qui forment la hotte de la cheminée, dégagé le chapiteau de pierre, etc. Est-ce que tu vois encore tout cela ? On a aussi débarrassé les jardins d’une bonne partie des mauvaises herbes, en respectant les iris et les petites fougères qui courent sur les murs. Quand tu reverras toutes ces pierres et les belles salles si claires, je suis sûr que tu seras contente. Il n’y a que la tour qui n’est pas près de rep rendre vie mais elle est on ne peut plus attrayante telle quelle et de la fenêtre supérieure à laquelle on peut accéder tant bien que mal on a une vue qu’on n’a que dans les contes. Voilà, mon chéri, pour St-Cirq.

Veux-tu dire à Madame Marie-Louise Bienaimé  que je suis confus d’avoir oublié de lui remettre l’argent de ton métro et la prier de vouloir bien accepter le petit chèque ci-joint pour parer à cette dépense. Dis-lui encore le très grand gré que je lui sais de toutes ses attentions pour toi.

Ma petite Aube, j’ai lu avec grand soin tout ce que me dit la première page de ta lettre et à propos de Dominique. N’aie aucune inquiétude. Tu trouveras un jour prochain ce que tu cherches.

J’ai déjà écrit à Benjamin pour exprimer la joie que m’avait causée la correction infligée à l’infâme Saillet : moins la correction que l’acte de solidarité si émouvant de nos amis. Il me semble que tout ce qui a pu m’attrister si profondément ces derniers mois trouve ici, dans leur geste, sa compensation parfaite. C’est comme si une grande blessure s’était fermée ; bien mieux que cela même puisque l’entente qui est la nôtre a su donner là toute sa mesure (c’est cela, comme dans la chanson, qui pour moi fait « le soleil au cœur »).

Elisita vient d’entrer, apportant sous un mouchoir une petite branche sèche sur laquelle étaient posés deux grands paons de nuit merveilleusement intacts qui tiennent à peine dans les deux flacons. Mais quel dommage que je n’aie pas le grand étaloir. S’il était possible, ne pourrais-tu demander à Benjamin de t’accompagner (ou bien d’aller seul le plus tôt possible) chez Deyrolle pour m’en faire adresser un d’urgence (pour grands papillons). Benjamin aurait la gentillesse de le payer et je lui retournerais l’argent par courrier. Mais il faudrait que chez Deyrolle on vous donne l’assurance que l’objet me sera expédié le jour même. Le montage ne peut attendre au-delà de lundi prochain.

As-tu reçu des nouvelles de France de Jacqueline et sais-tu comment s’organisent tes vacances ?

Je compte sur toi, ma petite Aube, pour terminer cette année scolaire en beauté. Les derniers résultats étaient très encourageants. Livrée ainsi à toi-même ces dernières semaines, on va voir de quoi tu es capable. Je te fais confiance.

Veux-tu bien transmettre mes pensées les plus amicales à Nicole  et présenter mes hommages à Madame Marie-Louise Bienaimé .

Je t’envoie, mon chéri, mille tendresses.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 44-45

Librairie Gallimard

Creation date24/05/1951
Postmarked date24/05/1951
Destination address
From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_44

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004932
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
Permanent linkhttps://www.andrebreton.fr/en/work/56600101000090
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[D'abord c'est une bien belle lettre...]

Lettre datée de Saint-Cirq, 6 juin 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Louis Aragon, Elisa Claro Breton, Lyka Guerpillon, Merlin Hare, Jindrich Heisler, Jacqueline Lamba, Lorito, Musidora, Marie Cerminova, dite Toyen

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, le 6 juin 1951, de Saint-Cirq-Lapopie, adressé au 123 avenue Malakoff, Paris XVIe.

 

Transcription

St Cirq, le 6 juin 1951

Petite Aube de mon cœur,

D’abord c’est une bien belle lettre que j’ai reçue de toi, pleine de sens et relevée d’un tas de petites ailes dans les coins, comme les futaies de St-Cirq. J’ai vu beaucoup de choses — toutes heureuses — à travers elle. Les deux « grands paons » (mâle et femelle) sont déjà depuis plusieurs jours sur l’étaloir et je t’aurais adressé plus tôt ce mandat si j’avais su que tu l’avais payé sur ton argent personnel. Tu penses bien que rien ne pouvait me faire plus grand plaisir que ce que tu me dis autour du surréalisme. Tu es aujourd’hui bien assez grande — et jeune fille — pour comprendre tout ce que j’ai essayé de faire entrer dans ce mot et tu sais bien que toute mon ambition et ma fierté auront été de ne rien laisser vieillir de ce qu’il contenait pour moi quand j’étais jeune. C’est assez difficile, comme tu as pu voir.

Mon petit chéri, nous continuons à nous affairer beaucoup autour de la maison (dont je ne me lasse pas de penser qu’elle est superbe et que tu l’aimeras). Tour à tour Elisa et moi, sur une échelle, nous faisons apparaître les pierres de la façade en brisant le « crépi » à coups de marteau et c’est merveille comme le soleil commence à jouer où il ne jouait pas. Le menuisier et le maçon promettent pour bientôt leurs offices. J’ai acheté à Cahors une commode dont la partie supérieure s’ouvre et se projette en avant pour former toilette (marbre et miroir), l’extérieur à quatre tiroirs en bois de rose marqueté, une bibliothèque et une très belle plaque de cheminée en fonte du XIVe siècle qui porte en relief des emblèmes « templiers ». Mais te souviens-tu bien de ce qu’étaient les Templiers ?

J’espère que Jindrich, grand responsable de son sort, ne va pas laisser partir Lorito qui est, tu sais bien, un véritable petit ami de moi. Je n’en dirai pas autant d’Uli qui se gratte et se détruit avec la même frénésie que l’année dernière.

Quand vas-tu partir pour Cannes  ? Est-ce que tu dois faire le voyage toute seule ? N’oublie pas qu’il faut sans doute louer sa place au moins une semaine à l’avance. Où sont installés Jacqueline et Merlin  ? Dans Cannes même, tu crois ?

Judex, je me souviens très bien. Musidora était étonnante, bien qu’à la fin de sa carrière, déjà. Pour un « gala Judex » en 1929, Aragon et moi nous avions même écrit une pièce : Le Trésor des Jésuites qu’elle devait interpréter mais cela n’a pu être joué qu’à Prague, dans des décors de Toyen (et Musidora n’était pas là, bien que la « pièce » n’eût été conçue qu’à son intention).

Raconte-nous, chérie, le plus souvent possible, tout ce que tu vois et tout ce qui arrive à Paris à ta connaissance. C’est devenu si rare qu’on soit séparé de toi, et si longtemps.

Ah, j’allais oublier, le nom de famille de Lyka est Madame Guerpillon. Même si ce n’est pas très amusant, sois très gentille, je t’en prie et tâche, parmi les objets qu’Elisa t’a demandé de nous faire expédier, de ne pas oublier mon chapeau de paille (de bien fâcheux effet, mais très nécessaire). Et merci à toi. L’over all et le pied photographique (le plus grand) ne sont pas moins souhaités.

À toi, ma petite Aube chérie, nos pensées les plus tendres et un rosier de baisers.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 46-47

Librairie Gallimard

Creation date06/06/1951
Postmarked date06/06/1951
Destination address
From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_46

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004933
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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See also

1 Work
 
False

Représentation du _Trésor des Jésuites_

-
non identifié

Photographie d'une représentation de la pièce de Breton et d'Aragon, Le Trésor des jésuites, jouée à Prague en 1935.

Une image, une notice descriptive, des liens.

[Saint-Cirq se présente cette année...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 20 juin 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Marie-Louise Bienaimé, Elisa Claro Breton, Jacques Cordonnier, Lorito, Alfred de Musset, Suzanne Muzard, ép. Cordonnier, Jacques Prévert, Uli, Jean-Louis Bédouin, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille de Saint-Cirq-La-Popie du 20 juin 1951.

 

Transcription

St Cirq, le 20 juin 1951.

Ma petite Aube chérie,

St Cirq se présente cette année sous un nouveau jour qui est celui des éclairs presque quotidiens. Uli, qui nous suspecte, Elisa et moi, d’avoir cela dans des boîtes à la maison du presbytère pour lui faire peur toutes les nuits, a décidé d’aller coucher à l’Auberge. Son hypocrisie charmante n’a fait que croître et embellir (il fait en sorte de sortir précipitamment avec nous dès après le dîner, il feint de s’intéresser à nos travaux dans la maison ou dans le jardin de 8 à 9 et, au moment où nous regagnons la chambre, il nous laisse prendre quelque distance pour pouvoir rentrer chez Éliette sur la pointe des pieds. Pas mal trouvé, n’est-ce pas ?).

Le temps n’a pas beaucoup favorisé la chasse aux papillons, comme tu vois. Depuis la capture des deux grands paons (♂ et ♀, ça ne veut pas dire seulement Mars et Vénus, mais aussi mâle et femelle) peu de nouvelles espèces à signaler. Hier matin j’ai pourtant attrapé un « Mars changeant » (mais je crois que c’est le petit, alors que j’ai manqué l’après-midi le grand — merveilleux — d’un coup de filet maladroit au même point que l’année dernière mais il était sur le sol, non sur ton dos) et, ce matin, sur la « route touristique » du haut du village, j’ai fini, au prix de bien des poursuites, à avoir le « grand sylvain azuré ».

Les travaux de la maison vont très paresseusement leur cours (livrés au bon plaisir du maçon et du menuisier et ce dernier ne s’est pas encore présenté). Mais la citerne (de 36 000 litres) doit être ce soir en état de fonctionnement, ce qui est quelque chose. La saison ne se prête pas au repiquage des plantes, de sorte que nous nous bornons à rapporter de nos promenades des fougères et des pariétaires (espèce de petite fougère qui a l’air d’être faite en gouttes d’eau vertes) que nous introduisons dans les fentes des murs et dans les interstices du si beau rocher que masque en partie un des murs de ta chambre (te rappelles-tu ?).

J’ai reçu hier une lettre de Madame Bienaimé qui nous donne de tes nouvelles et me fait penser que tu as à cœur de bien finir l’année scolaire, même si je suis loin. Tu sais, mon chéri, que je t’en sais le plus grand gré.

Grâce à toi — et à Benjamin, aussi à Jean-Louis Bédouin qui vient de m’écrire longuement — je ne suis pas trop « coupé » des réunions de tous nos amis. Dis-leur de ma part que je suis avec eux autant qu’il est possible et ce petit intermède du Moyen Âge ne me retranche en rien de la communauté d’esprit et de cœur avec eux. Mais tu sais que j’étais vraiment fatigué, que j’avais absolument besoin de me remettre dans la beauté de la vie.

Il me semble que tu es bien sévère pour Musset (qui valait sûrement mieux que Prévert, aux dernières nouvelles que l’on me donne de ce dernier). Mais enfin tu es juge et, moi non plus, je n’ai demandé à personne son avis : j’aimais ce que j’aimais.

On attend Benjamin, Suzanne et Jacques jeudi prochain avec joie.

Ma petite Aube, mon toujours « petit » enfant chéri, même lorsque tu seras heureuse aux environs de Cannes (tu n’as toujours pas l’air de bien savoir où, au juste) n’est-ce pas que tu n’oublieras pas de me dire ce que tu fais et comment ta vie se passe en tous sens ? Promis ?

Ci-joint le mandat du voyage.

Elisa se propose de t’écrire incessamment ; ce n’est pas qu’elle ne désire depuis longtemps le faire mais te rappelles-tu comme le pays est dissipant ?

Est-ce que mon petit ami Lorito est en sûreté ?

Tous mes baisers, toutes mes tendresses.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 47 à 49

Librairie Gallimard

Creation date20/06/1951
Postmarked date21/06/1951
Destination address
From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_48

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004934
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[J'espère que tu es heureuse...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 5 juillet 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Elisa Claro Breton, Jacques Cordonnier, Suzanne Muzard, ép. Cordonnier, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube datée de Saint-Cirq-La-Popie du 5 juillet 1951.

 

Transcription

St Cirq, le 5 juillet 1951

Ma petite Aube chérie,

J’espère que tu es heureuse, en tout point heureuse et que tu ne vas pas tarder à me le dire. Raconte-moi où tu es, à quoi tu t’occupes — enfin tu sais bien : tout ce qui te concerne et comment tu t’entends avec ton petit frère. Ce doit être pour toi quelque chose de très spécial et de très grand que de le retrouver au bout deux ans : quel âge a-t-il au juste ? En tout cas la communication avec lui doit être pour toi tout autre que celle que tu as pu avoir jusque-là.

Je venais ce matin de mettre sous enveloppe pour Huguette la feuille d’inscription à Jules-Ferry quand le facteur m’a apporté tes dernières notes du cours Raspail. À ces notes est jointe une lettre assez inquiétante de M. Fournier puisqu’elle commence ainsi : « Cher Monsieur. En raison de la faiblesse d’Aube en orthographe et grammaire, je dois exiger d’elle un examen de passage dans ces deux matières à la rentrée d’octobre. J’espère qu’elle pourra travailler un peu pendant les vacances et réussira à cet examen… » Même si cela me coûte de te causer des soucis en ce moment, tu dois comprendre, petit chéri, que je ne puis faire autrement : as-tu emporté avec toi quelques livres d’étude ? au cas contraire il faut que tu rachètes une grammaire et que tu t’astreignes chaque matin à un travail réel d’une à deux heures. En dépit de ce que tu me dis des conditions de l’examen d’entrée au lycée, à supposer même que tu y satisfasses, ayant évité dans la narration d’employer les mots de l’orthographe desquels tu n’es pas sûre, sois bien persuadée que ton futur professeur décèlera ta faiblesse dès la première dictée et surtout dès la première analyse. Or tu reconnaîtras certainement que rien ne serait plus désastreux que le parti qu’il prendrait certainement de te faire rétrograder de troisième en quatrième. Comment veux-tu que dans ces conditions tu puisses atteindre à temps le bachot ? Je fais appel ici à tout le sentiment que tu peux avoir de ta responsabilité. Il y va de quelque chose de très grave, crois-moi. Tout le déroulement ultérieur de ta vie peut en dépendre.

Il me faut bien te dire que les notes de compositions de ce dernier trimestre sont très loin d’être celles que j’attendais, d’après tes promesses. Tu es première, il est vrai, en anglais et en dessin mais 7e en français, 9e en français, 9en mathématiques. Ce qui me donne mieux encore la mesure de tes efforts c’est qu’en histoire et géographie, avec un professeur qui a toute ta sympathie, tu es respectivement 9e et 15e sur 16 élèves, ce qui est tout à fait déplorable.

Je te parle aujourd’hui plus attentivement, plus sérieusement que je ne t’ai peut-être jamais parlé. Puisqu’on a cru bon de te communiquer avant l’heure où elle t’était destinée une lettre que je t’écrivais quand tu avais huit mois (ceci d’après la signature de tes deux dernières lettres), lettre dans laquelle alors j’ai voulu mettre tout ce que je pouvais garder d’espoir humain, c’est sans doute que tu es assez grande dès maintenant pour me comprendre. Si tu ne prends pas immédiatement, seule avec toi-même, des mesures pour orienter différemment le cours de tes pensées, si tu ne choisis pas la difficulté de préférence à la facilité en toutes choses, tu t’apercevras dans un ou deux ans que c’est là un cours qui ne se remonte plus.

Rappelle-toi comment Dominique, sans être moins gracieuse pour cela (son christianisme n’a rien à faire ici), vivait à Paimpont, comment elle savait très harmonieusement partager son temps entre le travail même en vacances et le plaisir et tâche, en cet été 1951 qui est de toute importance dans ta vie, de te conformer un peu à sa méthode, la seule valable sans aucun doute.

Elisa t’adresse ses meilleures pensées et toutes sortes de tendresses. Suzanne et Jacques, aussi bien que Benjamin, insistent, comme nous venons de quitter la salle à manger, pour qu’on ne les oublie en rien auprès de toi.

Je t’embrasse, mon chéri.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 49 à 51

Librairie Gallimard

Creation date05/07/1951
Postmarked date05/07/1951
Destination address
Bibliographical material

2 pages in-4°

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_50

Number of pages2
Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004935
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[Tu sais bien que rien ne m'attriste plus...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 28 juillet 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Elisa Claro Breton, Jacques Cordonnier, Suzanne Muzard, ép. Cordonnier, Uli, Louis Breton, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube datée de Saint-Cirq le 28 juillet 1951.

 

Transcription

St-Cirq, le 28 juillet 1951

Mon Aube chérie, tu sais bien que rien ne m’attriste plus moi-même que d’avoir — et surtout par lettre quand tu es en vacances — à t’adresser des semblants de reproches. Je m’en serais d’ailleurs abstenu si ta décision de quitter le cours Raspail ne m’avait causé des inquiétudes que j’étais obligé de te faire partager. Qu’adviendra-t-il, en effet, si tu n’es pas reçue à l’examen d’entrée ou (je le répète) si l’on te fait rétrograder d’une rende en raison de l’insuffisance en orthographe et grammaire ? Tu dois très bien saisir le problème : 1° M. Fournier demande à être avisé dès maintenant des inscriptions d’élèves pour l’année prochaine ; 2° comme Huguette a pu te le dire, pour se présenter à l’examen d’entrée du lycée Jules-Ferry il est nécessaire de se procurer dès maintenant, outre un extrait du certificat de naissance (que je t’ai fait adresser directement par la mairie du XIIIe, dis-moi s’il t’est parvenu), un certificat de travail et de conduite délivré par l’établissement scolaire précédent (ce certificat, si tu persistes dans ton intention, écris à M. Fournier pour le lui demander mais n’oublie pas qu’il déduira de cette demande que tu te proposes de te faire inscrire à une autre école, ce qui, au cas où tu ne satisferais pas à l’examen et serais obligée de retourner au cours Raspail, risquerait de te mettre à ses yeux en moins bonne position). Il faut, mon petit chéri, que tu réfléchisses bien à ce sujet, c’est à toi et, j’estime, à toi seule qu’il appartient de trancher la question. Tu comprends bien qu’en ce qui me concerne je préférerais mille fois que tu fréquentes le lycée J.-F. que ce cours lointain (qui n’avait jamais été choisi que comme solution transitoire) mais, encore une fois, es-tu assez sûre de toi pour tenter ta chance de ce côté ? Ce qui m’effraie le plus pour ma part, c’est que — quels que soient les progrès très réels que tu as pu faire en orthographe — tu ne parviennes pas à éviter certaines fautes très graves et du plus mauvais effet parce qu’elles font aussitôt douter de tes connaissances les plus élémentaires en grammaire. En voici des exemples : « voit-tu, tu m’avait, je faisai, que tu comprenne, je savait », etc. Je suis persuadé que l’ignorance des conjugaisons constitue, pour l’entrée dans un lycée, un obstacle insurmontable. Tu sais très bien, ma petite Aube , qu’il m’en coûte terriblement d’avoir à t’ennuyer avec cela, que j’aimerais t’entretenir de tout autre chose, qui soit dans ta lumière et dans celle de Cannes et de St-Cirq , mais je n’ai pas le choix puisqu’il y va d’un tournant de ta vie.

Ceci dit, je ne t’ai jamais reproché de signer Écusette de N. Ce qui m’inquiète quelquefois est de te voir te situer trop exclusivement sur le plan affectif avant de chercher à te construire intellectuellement pour parvenir à te connaître toi-même dans toutes tes aspirations, comprends-tu ? Beaucoup de ces aspirations sont encore ignorées de toi et c’est le seul développement des facultés de l’esprit qui permet d’en prendre conscience. C’est pourquoi je proteste — oui — quand tu veux justifier les assez mauvais résultats scolaires de fin d’année par une déception sentimentale éprouvée à l’égard de Nicole. Il est inadmissible, je t’assure, qu’à ton âge la vie soit axée tout entière sur le comportement envers toi d’une amie d’ailleurs sensiblement plus âgée. Il faut, mon petit chéri, que tu luttes vaillamment contre ces dispositions si le cœur l’emporte à ce point sur la tête, je t’assure que tu ne trouveras pas l’équilibre et, qui pis est, tu t’exposes à être bien inutilement malheureuse. Si l’on est doué(e) d’un beau cœur comme le tien, on n’a rien à perdre à le tempérer un peu dans ses mouvements (et même bien au contraire).

Tu verras, je compte bien, par la suite que je n’aimais pas le ton moralisateur (à moins qu’il ne soit très élevé) et je voudrais donc bien que tu voies dans ce que je t’écris autre chose que des remontrances. Il faut pourtant que je continue encore un peu dans le genre impopulaire.

Tu fais appel, assez drôlement, à ma « générosité ». Laisse-moi gentiment te dire que, dans ce domaine aussi, tu t’accordes un peu trop de facilités. Ton grand-père qui envers toi, tu le reconnaîtras, a été la générosité même, commence à se faire prier. Il est entendu que, toujours grâce à lui, nous pouvons disposer cet été d’une somme inhabituelle destinée à assurer les réparations indispensables de la maison de St-Cirq (et dont ni Elisa ni moi ne soustrayons la moindre parcelle pour nous-mêmes) mais permets-moi de te dire que je trouve excessif que, voyageant seule à ton âge, tu ne puisses envisager de prendre ton repas autrement qu’au wagon-restaurant. Tu as disposé au début de cette année de sommes assez considérables dont tu n’as rien su retenir et dont la majeure partie a passé à des caprices insignifiants. Si l’on te laisse actuellement manquer même d’« argent de poche », tu peux mesurer la distance qui sépare la vie qui t’est faite à Paris et celle qui t’est faite à Cannes . On a parlé beaucoup trop librement devant toi des difficultés matérielles que pouvaient connaître — avaient toujours connu et connaîtront toujours — des gens comme moi, et conséquemment Elisa , pour que tu ne comprennes pas que tu dois observer dans ce domaine quelque mesure. À l’occasion, je prierai Huguette en particulier (elle sait aussi bien que moi ce que c’est que l’argent qui ne coule pas à flots) de ne pas m’engager pour toi dans des dépenses évitables : tu as pu voir, en vivant chez ces demoiselles Fong, que même dans la grande bourgeoisie des parfums, on n’est pas aussi prodigue qu’on pourrait croire.

Ceci dit, je t’adresse un mandat destiné à couvrir les frais de voyage déjà engagés et à t’assurer quelques menus plaisirs.

… Je suis bien content d’en avoir fini avec ces choses. Je te prie donc de défroncer ton regard. C’est fait ? Bien.

Je doute que tu mettes la main sur Nerii, le sphinx du laurier-rose ou sur sa chenille, d’abord parce que cette année les papillons sont très rares. C’est pourtant bien une espèce provençale mais on le signale comme paraissant en juin puis en septembre-octobre. « Les ailes supérieures sont vert olive, marbrées de blanc et de rosé, les ailes inférieures, de même couleur, s’estompant de brunâtre vers le corps. »« Sa belle chenille a le dos vert olive, la partie antérieure formant groin, d’un jaune fauve, avec deux grands yeux bleus cernés de blanc. Elle vit à la fin de l’été sur les lauriers-roses et les pervenches. » C’est tout ce que je sais.

Ne va pas croire que le corbeau, aux yeux bleus lui aussi, nous a tenu compagnie si longtemps. Il a pris le large dès le lendemain matin, ayant mis à profit la nuit pour passer à travers un carreau cassé.

Les travaux de réparations s’effectuent avec lenteur. La citerne (de 36 000 litres) est en état de fonctionnement ; les vieilles gouttières fracassées ont fait place à des tuyaux neufs ; le parquet du grenier et celui de la pièce du premier étage supportent maintenant le pied ; on ne peut plus passer en rampant sous la grande porte ogivale (mais te rappelles-tu bien tout cela ?).

Le village est toujours aussi beau, aussi « prenant ». Je crois que tu l’aimeras un jour. De la fenêtre de la chambre nous avons pu suivre avec une grande précision les évolutions des oiseaux qui nichaient à un mètre de nous dans la muraille. Les petits se sont envolés, ils sont revenus pendant quelques jours ; maintenant on ne les voit plus ; seuls le père et la mère reviennent encore.

Suzanne et Jacques Cordonnier sont partis mardi, après avoir passé ici un mois de vacances. Ils nous ont promenés en voiture à travers la région qui est magnifique et se proposent de revenir l’année prochaine. Benjamin continue à occuper ta chambre de l’année dernière.

Mon petit chéri, voilà à peu près toutes les nouvelles. Uli n’est pas brillant, c’est le moins qu’on puisse dire ! Les poussins, les chats, les chiens et les chèvres continuent à mendier autour de la table du dîner. C’est le revers de la médaille, n’insistons pas trop…

Je t’embrasse, ma petite Aube chérie, couleur de marjolaine.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 51 à 54

Librairie Gallimard

Creation date28/07/1951
Postmarked date28/07/1951
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4 feuillets in-4°

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_52

Number of pages4
Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004936
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[Autant que je me rappelle...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 24 août 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Drahomira, Jindrich Heisler, Louis Breton, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube datée de Saint-Cirq-Lapopie de 24 août 1951.

 

Transcription

St-Cirq, le 24 août 1951

Ma petite Aube, autant que je me rappelle — il y a déjà longtemps — tu m’as écrit une lettre de réprimandes et c’était même la première — tiens, tiens, tiens — que je recevais de toi. Je me suis dit qu’une semaine ou deux allait se passer et que tu atténuerais cela d’une gentillesse comme tu en as souvent : mais non, rien. Bon… Je ne vais pas discuter plus longuement avec toi. Je dirai seulement que tu es drôle quand tu m’accuses de te « décourager » : il n’est personne que je veuille au contraire encourager plus que toi mais pour cela je ne puis approuver en toi que ce que je trouve de meilleur et je maintiens que j’ai été déçu du peu d’efforts que tu as faits pour te maintenir dans une meilleure place à l’école. Je le déplore surtout en raison de tes promesses, tu m’obliges à le redire. Pas d’accord non plus sur ce que tu me dis à propos d’argent. Tu as reçu au cours de la dernière année et de moi et surtout de ton grand-père (que tu laisses sans nouvelles alors que tu sais qu’il est très vieux et assez gravement malade) des sommes bien plus que suffisantes pour que tu ne sois privée de rien. Si tu commences à ton âge à me connaître un peu, tu dois savoir que je n’ai pas misé ma vie sur l’argent. Je n’en débattrai pas avec toi plus qu’avec quiconque, ni aujourd’hui ni un autre jour.

Assez, je pense, sur ce sujet.

Je ne sais presque plus rien de toi, sinon que tu t’amuses, ce que je désire de tout mon cœur. Mais il me semble si étrange que tu sois si loin — je ne dis pas dans l’espace — toi que je vois, que je regarde dans les yeux tous les jours. Es-tu bien certaine de ne pas être passée de l’autre côté du miroir ? Très bien d’y passer, à condition de garder en main le fil qui ramène, tu sais.

Quand te proposes-tu de rentrer à Paris ? Il est arrivé hier ici, du lycée Jules-Ferry, la lettre ci-incluse. Je ne puis — j’espère que tu le comprendras ! — me procurer ici le certificat médical : il faut que tu te le procures à Cannes . Il te suffit donc d’y joindre l’enveloppe demandée, je pense que le timbre de 15 F ne sera pas un problème. J’ose du moins l’espérer.

Heisler et Drahomira sont encore avec nous à St-Cirq. Benjamin aussi. Nous comptons, Elisa et moi, partir pour Lorient vers le 10 septembre et être à Paris vers le 15.

Petite Aube , dis-moi quelque chose qui efface un peu cette ombre, non ? Qu’est-il donc arrivé au cœur que tu me dessinais toujours à la fin de tes lettres ? Mais non, n’est-ce pas, il est encore là-bas, parmi les jasmins.

Un baiser sur tes deux yeux.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 55-56

Librairie Gallimard

Creation date24/08/1951
Postmarked date24/08/1951
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From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_51

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004937
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[Enfin une lettre de toi où je te retrouve...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 6 septembre 1951

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Elisa Claro Breton, Drahomira, Jindrich Heisler

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, datée de Saint-Cirq le 6 septembre 1951.

 

Transcription

St Cirq, le 6 septembre 1951.

Ma belle Aube ,

Enfin une lettre de toi où je te retrouve. J’étais resté un peu consterné depuis l’enveloppe de ton écriture qui n’apportait qu’un certificat médical sans le moindre bonjour. Ce n’était d’ailleurs pas le certificat de vaccination exigé : je n’ai pu que l’adresser à la direction du lycée dans l’espoir qu’il y suppléerait mais tu me dis que les papiers demandés sont partis, de sorte que je ne sais trop pourquoi tu m’as adressé le certificat en question. Enfin j’espère que les formalités sont remplies.

J’ai appris avec peine la mort de ta tante Charmette dont j’ai toujours aimé la sensibilité. À une lettre qu’elle m’écrivait il y a environ trois mois pour m’inviter à venir parler du surréalisme dans un sanatorium de jeunes gens qui dépendait de la même formation hospitalière que l’asile où elle demeurait, j’avais répondu aussi gentiment que possible en lui disant tout le bien que je pensais d’elle. J’espère lui avoir fait plaisir un instant.

Mon petit chéri, je ne puis malheureusement trouver aucune solution pour te faire venir de Cannes à Lorient  : il y a, je crois, quelque seize cents kilomètres, on est à la fin de ces longues vacances et l’argent est compté au possible. Je ne me rends pas très bien compte de l’état de santé de ton grand-père qui est très mauvais selon lui, moins mauvais de l’avis de notre cousin Pierre Le Maoût. Elisa et moi nous comptons quitter St-Cirq lundi prochain pour arriver à Lorient mercredi, après une courte halte à La Rochelle . Selon les circonstances, nous déciderons là-bas de ce qu’il y a lieu de faire en ce qui te concerne. Nous serons de retour à Paris le 15 septembre. Il me semble que tu devrais rentrer le 20 au plus tard, de manière à reprendre un peu l’ambiance et de ne pas être trop dépaysée au moment de l’examen. Je me propose d’aller demain à Cahors pour retirer quelques sous desquels je prélèverai pour te l’envoyer le prix de ton billet. Dis-moi à quelle date précise on peut t’attendre.

Je suis heureux que tu aies appris à danser. Je me demande si je n’en ai pas été averti télépathiquement car voici quelques jours je me suis éveillé avec ce vers de Musset à l’oreille :

 

« Vous aimiez Lord Byron, les grands vers et la danse »

 

que j’ai toujours trouvé très beau mais auquel je n’avais plus pensé depuis longtemps. Il me semble que quand on le dit il se déroule comme une traîne. Non ?

Heisler  — qui est parti hier — nous a beaucoup aidés à l’aménagement intérieur de la maison. Je crois que ta chambre sera ravissante ainsi peinte en vieux rose, quel dommage que tu ne puisses la voir tout de suite. Pendant que je t’écris, Elisita passe le brou de noix sur les dernières poutres d’en bas : ainsi les trois pièces seront impeccables (indépendamment de la cave sur quoi donne, si tu te rappelles, la porte d’entrée de la façade, et du grenier dont le plancher a été entièrement refait, il reste encore cinq pièces susceptibles d’être aménagées plus tard, dont trois dans la tour). Cette maison est un rêve : nous ne nous lassons pas de penser qu’elle est à nous trois, dans un des plus beaux sites du monde. Elle est malheureusement cachée par le feuillage sur cette image en couleurs.

Trop occupé par les travaux d’installation extérieure et intérieure, je n’ai pu donner que très peu de temps à la chasse aux papillons (les pluies d’été ont d’ailleurs été très défavorables à leur éclosion). Impossible, en outre, de les ramener à Paris, faute de [trouver des] boîtes de cigares. Ils resteront ici, dans un ti[roir].

Hier, comme nous revenions d’accompagner à la gare Drahomira et Heisler, il s’en est fallu d’un rien — d’une seconde peut-être — pour que nous capturions un merveilleux petit écureuil qui ne savait pas encore très bien grimper ! il a tout de même réussi à nous perdre dans les broussailles. On ne peut rien voir de plus joli.

À bientôt bientôt n’est-ce pas, mon petit chéri. Elisa t’écrira. Je t’embrasse dans le sillage de ce petit écureuil.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 56 à 58

Librairie Gallimard

Creation date06/09/1951
Postmarked datesd
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2 feuillets in-4°, 1 carte postale pliée en deux, 1 mandat

From / ProvenanceSaint-Cirq Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_58

Method of acquisition and collectionSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004938
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[C'est très beau, tu sais, cette réponse de toi...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 8 juin 1952

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Elisa Claro Breton, François Guerpillon, Lyka Guerpillon, Manou Pouderoux
Text by Elisa Claro Breton

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube datée du 8 juin 1952, envoyée le 9 de Saint-Cirq-la-Popie.

 

Transcription

St Cirq dimanche 8 juin 1952

Ma petite Aube chérie,

C’est très beau, tu sais, cette réponse de toi au bout de seize ans. Je vais la garder précieusement pour la joindre à mon exemplaire : cela aussi participe du merveilleux. Et puis, par elle-même, elle est très belle, ce qui ne me surprend pas, parce que je sais quelles grandes qualités sensibles et quels dons d’expression il y a en toi — et si je fronce trop souvent les sourcils, c’est que je déplore parfois que tu ne cherches pas davantage à les développer, parce qu’il y a là une fleur superbe en puissance, à condition qu’elle soit cultivée. Il me semble que, si tu t’efforçais toi-même de faire tomber un voile de rêverie un peu paresseuse qui te recouvre et quelquefois te cache, si tu étais un peu plus difficile sur l’emploi de ton temps, si tu te convainquais que tu ne dois te consacrer à rien qu’à ce qui élève l’esprit et l’âme (je veux dire un peu plus de lectures choisies, de visites attentives de musées, un peu moins de cinéma et de déambulation au hasard), tu t’apercevrais très vite que tu es beaucoup plus riche de moyens que tu ne te connais et tu serais aussi beaucoup plus heureuse. C’est seulement ainsi, crois-moi, que tu parviendras à te connaître, que tu découvriras peu à peu ce qu’il y a d’unique en toi et quelle est la voie qui vaut la peine que tu t’y engages, l’ayant un beau jour reconnue pour la tienne entre toutes les autres. Je sais que c’est toujours difficile, tant toutes ces voies paraissent enchevêtrées dans la jeunesse mais il y en a pourtant une qui est donnée pourvu qu’on en pousse la recherche assez loin. Je te dis cela, mon chéri, en considération même des accents que tu as trouvés pour m’écrire ce 31 mai 1952 et qui m’ont si grandement ému.

Oui, nous avons fait un très beau voyage : longuement admiré le portail de l’église d’ Autun , un des chefs-d’œuvre de la sculpture romane, puis le « Palais idéal » du facteur Cheval que ni Elisa, ni Lyka, ni François ne connaissaient au naturel, puis le théâtre romain d’Orange d’où je t’ai adressé une petite carte. De là nous avons gagné la Camargue où vers le soir nous avons pu voir s’élever des roseaux à perte de vue les hérons et les aigrettes blanches. Malheureusement nous avons manqué les flamants roses. Nous avons visité l’église des Stes-Maries-de-la-Mer. Elisa n’en garde aux jambes que quelques bleus. Mais les deux personnes de l’autre voiture ont été plus fortement touchées, le conducteur saignant abondamment du nez sous le coup et sa femme à demi évanouie, avec une sérieuse plaie du genou. Force nous a été de poursuivre le voyage en chemin de fer. Lyka et François ont dû regagner Paris par le train.

St-Cirq toujours très beau et tout livré aux chants des oiseaux. Les rossignols de muraille qui logent au mur près de la fenêtre du presbytère ont repris leur manège de l’année dernière et il y a un nid jusque dans la façade de notre maison, d’où l’on entend les petits appeler. Éliette et Roger ont malheureusement quitté l’Auberge pour aller habiter sur le Causse (la colline qui domine le village), de sorte que l’atmosphère des repas est moins agréable mais tout est si beau quand même que je voudrais bien que tu [reviennes].

Je laisse un petit peu de marge à Elisa, comme promis. Écris, petit chéri. Mes affectueux compliments à Manou.

Je t’embrasse.

André

Chérie,

de moi tu n'auras que des cartes postales de temps à autre - you know how I am. Sois gentille, va le plus vite possible à rue Fontaine, cherche dans le grand tiroir de mon secrétaire le pied photographique le plus grand (il y en a deux) s'il n'est pas dans le tiroir, il se peut qu'il soit posé parterre [sic] du côté droit du secrétaire prends aussi tous les pinceaux qui sont dans le petit tiroir à droit [sic] (que tu connais bien) et amène cela immédiatement chez Lyka à l'adresse 7 rue Maspero 1er étage (le chemin à faire est en métro - Villiers - Étoile ensuite changer pour Trocadéro, changer de nouveau à Trocadéro pour la station La Muette" où là tu demanderas où la rue se trouve. C'est tout prêt du métro. Le téléphone est Trocadero [chifffres biffés] (vérifie sur l'annuaire). Ne téléphone pas le vendredi, ni samedi, ni dimanche. Les autres jours tu la trouveras à l'heure du déjeuner pour lui demander si tu peux aller jeudi matin ou après-midi [illisible]. Chérie, il faut que tu le fasses le plus vite possible. Lyka s'appelle Mme Guerpillon. Le téléphone est Trocadéro 5982. T'embrasse Chérie, t'enverrai la robe prochainement.

Mille sourires pour toi et Manou d'Elisa.

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 60 à 62

Librairie Gallimard

Creation date08/06/1952
Postmarked date09/06/1952
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2 feuillets in-4°

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_61

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004940
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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 [Je suis désolé...]

Carte postale envoyée le 23 juin 1952 de Saint-Cirq-Lapopie

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Manou Pouderoux, Louis Breton

Description

Carte postale d'André Breton à sa fille Aube, envoyée de Saint-Cirq-Lapopie, le 23 juin 1952.

 

Transcription

Lundi 23 juin 1952

Je suis désolé, mon petit chéri, que cette furonculose revienne et plus encore au moment où tu as le souci d’un examen. Tu as très bien fait d’aller tout de suite voir Manou et tout ce que tu me dis de son hospitalité et du climat qu’elle sait faire régner autour de toi est conforme à ce que je sais d’elle, à cette « aura » comme on dit, que je lui ai toujours trouvée. As-tu des nouvelles de ton grand-père ? Je suis heureux de ce que tu me dis de ma dernière émission, HEUREUX. Je pense sans cesse à toi, tu sais bien combien tu me manques. Les meubles sont arrivés, te l’ai-je dit, et nous couchons depuis hier dans la maison. Hier, comme je ne trouvais plus la serrure pour fermer dans l’obscurité, j’ai pu m’éclairer d’un ver luisant. On a planté dans le jardin des sauges, des amarantes, des balsamines, des zinnias et tous les pavots sont en fleur.

J’ai écrit, comme tu me le demandais, à la surveillante générale pour le changement de rende.

Encore une dure semaine, mon petit chéri, mais dis-toi qu’après la belle saison est toute à toi.

Baisers.

André

 

Bibliography

André Breton (Jean-Michel Goutier éd.), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2009, p. 62

Librairie Gallimard

Creation date23/06/1952
Postmarked datesd
Physical description

 Sur la carte postale : Statue de l'Empereur Auguste à Orange.

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_185

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19005006
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CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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 [Pardon mais je suis tout à fait à court d'épingles à papillons...]

Carte postale envoyée de Saint-Cirq le 1er juillet 1952

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët

Description

Carte postale d'André Breton à sa fille Aube, envoyée de Saint-Cirq-La-Popie le 1er juillet 1952.

 

Transcription

Mon petit chéri, pardon mais je suis tout à fait à court d’épingles à papillons. Veux-tu bien m’en faire adresser deux paquets (c’étaient, je crois, des n°2) et aussi deux boîtes vitrées comme celle qui est dans la chambre rue Fontaine (garnie de papillons d’ici) : le tout contre remboursement.

Ne te dérange, naturellement, que lorsque tu en seras quitte avec les examens. Très bon courage, ma petite Aube. Nous pensons à toi et t’embrassons on ne peut plus tendrement.

André

 

Bibliography

André Breton (Jean-Michel Goutier éd.), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2009, p. 63

Librairie Gallimard

Creation datesd
Postmarked date01/07/1952
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carte postale

Physical description

 Sur la carte postale : Entrée du village de Saint-Cirq-Lapopie.

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_189

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19005008
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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[J'ai attendu de jour en jour un mot...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 18 juillet 1952

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Elisa Claro Breton, Jacqueline Lamba, Huguette Lamba, Louis Breton

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube de Saint-Cirq-La-Popie, le 18 juillet 1952.

Transcription

Vendredi 18 juillet 1952

Ma petite Aube chérie,

J’ai attendu de jour en jour un mot de toi me donnant ton adresse car tout ce que nous nous en rappelons, Elisa et moi, c’est « Le Mirador, route…? Cannes , A.M. », ce qui est évidemment insuffisant. J’en suis donc réduit à t’écrire aux b.s. d’Huguette, espérant qu’elle est encore à Paris.

J’ai d’autant plus regretté cet oubli que tu as pu penser que je ne t’écrivais pas pour te marquer mes reproches à propos de ton échec à l’examen. Dans la mesure où je crois voir que cet échec t’a surprise et peinée, je m’en voudrais de t’attrister davantage. Tu sais que je n’ai pas cessé de le prédire au long de l’année. Tu as tort de croire qu’un examen est une question de chance, qu’on tombe sur de bonnes ou de mauvaises questions. En fait, ce qui compte est le travail de l’année, dont témoignent les notes trimestrielles : bien entendu ces notes sont communiquées aux examinateurs et il en est tenu le plus grand compte. Il y a quelques jours j’ai reçu du lycée celles du 3e trimestre, qui — sauf en composition française et en anglais — sont très mauvaises. Tu es 32e en mathématiques avec la moyenne de 1 et l’appréciation du professeur tient en ces mots : « Élève lamentable. » Voici l’appréciation d’ensemble de la directrice : « Un très bon effort d’adaptation, qui a permis de combler des lacunes en grammaire, mais la faiblesse en mathématiques reste inquiétante. Il y aurait peut-être intérêt à entreprendre l’étude du latin. Examen d’octobre en mathématiques. » Remarque, chérie, que pour la grammaire même, tu n’as aucunement lieu de te féliciter, puisque tu es 33e sur 33 avec une moyenne de 2¾. Te rappellerai-je, enfin, que tu ne t’es décidée qu’à la fin de l’année à prendre des leçons particulières de mathématiques, alors que la directrice les avait jugées nécessaires dès ton entrée au lycée et que ton grand-père s’offrait à te les payer ? C’est bien toi, n’est-ce pas, qui as voulu quitter le cours Raspail pour Jules-Ferry ? Alors, petite Aube , que veux-tu que je te dise ? Je ne peux plus compter que sur toi pour réfléchir enfin et me dire quelles sont tes conclusions. Parles-en, si tu m’en crois, avec Jacqueline et fais-moi part de tes déterminations, je t’assure que cela ne peut attendre un an de plus. Je crains fort que le climat de Cannes ne soit pas favorable à la préparation du nouvel examen d’octobre. Plus exactement ce n’est qu’au prix d’un très grand effort de volonté que tu pourrais peut-être te rattraper encore — rappelle-toi Dominique à Paimpont — mais cet effort, t’en sens-tu réellement capable ?

Je voudrais tant, mon petit chéri, n’avoir à t’écrire, à te parler en cette saison que de tout autre chose…

Je ne sais combien de temps encore nous allons rester à St-Cirq. L’argent est déjà aussi bas que possible et je me demande si moi, en tout cas, je ne devrais pas rentrer à Paris dès les tout prochains jours — la semaine prochaine — pour rétablir un peu la situation. Mon livre d’Entretiens m’a tout l’air d’être remis à octobre et encore Gallimard me réclame-t-il 50 000 F sous prétexte que j’ai fait trop de corrections sur épreuves. Tu te rends compte !

Écris-moi, je t’en prie. Ne me laisse pas dans l’ignorance de ton état d’esprit non plus que de tes occupations, de tes plaisirs et des menus faits de ta vie.

Je t’embrasse tendrement.

André

N'oublie pas de me transmettre les notes d'examen.

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 64-65

Librairie Gallimard

Creation date18/07/1952
Postmarked date18/07/1952
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2 feuillets in-4°

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_63

Number of pages2
Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004941
Keywords,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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See also

2 Works
 
False

Entretiens 1913-1952

-
André Breton

Recueil des entretiens radiophoniques d'André Parinaud et d'André Breton, publié en 1952 chez Gallimard.

Deux images, une notice descriptive, un lien.

False

Page des Entretiens de 1952

-
André Breton

-

Manuscrits fragmentaires des Entretiens radiophoniques de 1952 avec André Parinaud. Entretien XIV.
Une image, une notice descriptive, une bibliographie.

[Manuscrits d'AB] Entretiens 1913-1952

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, de Saint-Cirq-La-Popie, le 29 juillet 1952.

 

Transcription

Mardi 29 juillet 1952

Enfin ce matin, ma petite Aube, ta lettre et ta carte. Ah ! je l’aurai assez cherché dans ma mémoire, ce nom d’Eugène Gazagnaire mais il s’était bel et bien effacé : il est bizarre et difficile, d’ailleurs.

Finissons-en tout de suite avec ces notes. Oui, il est surprenant qu’on t’ait notée au-dessous de la moyenne en composition française (tu m’annonces bien ta dissertation, mais tu as oublié de la joindre à ta lettre) et que cette moyenne, tu l’aies obtenue tout juste en langue vivante : il est probable que c’est là aussi l’orthographe qui a joué contre toi, il y a une certaine espèce de fautes qui indispose les examinateurs. Aussi aurais-tu tort de trop compter, en octobre, prendre ta revanche en ces deux matières. Tu vois aussi bien que moi que c’est la note de mathématiques qui a entraîné l’échec : c’est donc malheureusement là-dessus que tout ton effort doit porter.

Nous sommes heureux de toutes les belles nouvelles que tu nous donnes de Cannes et que la joie soit autour de toi.

En ce qui nous concerne, Elisa et moi, il faut convenir que St-Cirq ne nous a pas trop bien réussi cette année. Sans parler de la trop grande chaleur qui a été générale, le village a été longtemps assez vide, nous n’avons eu aucune occasion de circuler un peu en voiture, ce à quoi Jacques et Suzanne nous avaient trop bien habitués l’année dernière et surtout, je ne sais pourquoi, nous avons passé des nuits presque toutes extrêmement agitées (insomnie ou cauchemar). Tu te souviens peut-être que toi-même, il y a deux ans, n’y échappais pas. Cela finit par être un peu angoissant. Il y a sept ou huit jours que notre ami Adrien Dax, de Toulouse , est venu s’installer à l'Auberge avec sa femme et sa petite fille de huit ans, ce qui a ramené quelque animation, et une lettre d’Heisler annonce pour vendredi prochain son arrivée, celles de Drahomira, de Toyen, de Roger, Doumayrou et Goldfayn. Je ne sais combien de jours nous pourrons passer ensemble, en raison de ce que je t’ai dit déjà (à moins que je n’obtienne du Sagittaire une nouvelle avance sur mes droits d’auteur, qui nous permettrait d’attendre ici la fin d’août, ou presque).

J’ai, de plus, ici, une histoire de tous les diables. Figure-toi que, jeudi dernier, nous nous rendons avec les Dax à Cabrerets dans l’intention de visiter la grotte qui présente de nombreux dessins préhistoriques. Tu sais que j’ai toujours eu des doutes sur l’authenticité d’une partie de ces dessins qui remonteraient à 30 000 ans et sont d’une fraîcheur et d’une fragilité bien singulières. Le guide commençait à peine ses explications devant ce qu’il nommait « la chapelle des mammouths » et j’étais déjà agacé par ce mot de chapelle introduit là de manière absolument tendancieuse quand je portai le doigt sur une des lignes tracées sur la paroi, pour voir si un enduit calcaire la recouvrait. C’est à ce moment que le guide, furibond, m’asséna sur la main un violent coup de bâton. Comme de juste, une très violente dispute s’ensuivit, au cours de laquelle je remis le pouce au même endroit et frottai légèrement, assez toutefois pour constater que la ligne s’effaçait comme un simple trait de fusain, me laissant toute sa poussière au doigt. Le guide, qui se donna alors pour le concessionnaire de la grotte et dont je devais apprendre peu après qu’il n’était autre qu’un député M.R.P. (c’est-à-dire catholique) du Lot , fit immédiatement appeler la police mais les gendarmes arrivèrent trop tard : nous étions déjà partis, non sans que j’aie corrigé à coups de poing le personnage en question, qui me traitait de « lâche » entre autres choses. Hier j’ai reçu ici la visite d’un gendarme qui m’a donné lecture de la plainte déposée contre moi par cet individu, qui me poursuit en dommages et intérêts pour dégradation de dessin figurant une trompe de mammouth : tu imagines ! Comme cette grotte de Cabrerets est une des grandes attractions touristiques du département et que le plaignant est député et intéressé à l’exploitation (200 F l’entrée) de ce prétendu sanctuaire, je ne suis pas sans inquiétudes sur les suites de l’affaire : ma consolation est de l’avoir littéralement roué de coups (mon poing en est encore tout meurtri).

Voilà, mon petit chéri, toutes les nouvelles. Dis-nous bien d’autres choses, on t’en prie. Distribue au bon vent des fleurs mes pensées autour de ceux et celles qui t’entourent, selon ce que tu sais qu’ils (ou elles) veulent bien en garder et en retenir. Toi seule peux savoir. Avec toute ma tendresse.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 67 à 69

Librairie Gallimard

Creation date29/07/1952
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_65

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CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
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Description

Lettre, d'André Breton à sa fille Aube, datée de Saint-Cirq-La-Popie, le 11 août 1952.

 

Transcription

St-Cirq, le 11 août 1952

Mon petit chéri,

À mon avis tout est loin d’être mal dans cette rédaction : j’y trouve telles qualités que je te connais, de sensibilité , d’intelligence, d’élégance aussi. Ce par quoi elle pèche avant tout — et ce qui, selon moi, explique qu’elle ait été mal notée — c’est qu’elle manque de lignes fermes sous le rapport du « vouloir », comprends-tu ? Somme toute, elle ne dépasse pas le stade de la discussion du problème posé, elle s’absorbe dans des sortes de précautions oratoires mais s’abstient de rien résoudre en ce qui te concerne toi-même. Et c’est pourtant sur cette résolution qu’on t’interroge et qu’on s’apprête, tu t’en doutes bien, à te juger. On te demande dans quel cadre tu situes ton avenir : c’est là qu’on attend de toi quelque chose [de concret] [… ]généralités sur cet avenir du plus mauvais effet page suivi de 2 points d’interrogation, ce qui est d’ailleurs un de trop. Il exprime justement que tu t’en remets du choix qu’on te demande à des influences extérieures à toi-même et cela ne peut être que mal vu, puisque cela marque une non-constitution de la personnalité, qu’on appelle précisément dans une telle question à se définir. Il y a, dans tes deux derniers paragraphes, beaucoup plus de passivité que tu ne veux admettre et tu sais bien que c’est contre cette disposition même qu’on essaye toujours de te faire réagir. Force m’est de t’en donner un exemple dans ton récent comportement : écoute, ma petite Aube , comment, toi, as-tu pu, avant de quitter Paris pour les vacances, omettre de payer les honoraires de ton professeur pour les répétitions de mathématiques ? Tu sais bien qu’il t’eût suffi d’écrire une semaine plus tôt à ton grand-père pour que tout fût en règle et je m’étonne que toi, qui es humaine dans tes réactions, tu n’aies pas songé que cette personne donne sans doute des leçons supplémentaires uniquement parce qu’elle est pauvre (et peut-être n’aurait pas d’autre moyen de s’offrir des vacances) ? Crois-tu que le plaisir qui t’attend doive ou puisse te faire oublier que tu prives de plaisir quelqu’un envers qui tu as contracté une dette ? Je te conjure d’écrire à cette personne dès réception de ma lettre, de lui adresser un mandat de ces 3 000 francs que tu n’as qu’à retirer à la poste (sur présentation de ta carte d’identité) et de lui présenter, le plus gentiment que tu pourras, toutes les excuses possibles. Il est absolument certain qu’elle y a droit.

Notre ami Adrien Dax , sa femme et sa fille étaient encore ici quand la voiture de Roger l’a débarqué ici en compagnie de Toyen, Drahomira, Heisler, Doumayrou et Goldfayn. Tous sont repartis hier. Nous avons ensemble chassé les papillons, ramassé des quantités d’escargots de Bourgogne et parcouru le Causse à la recherche de ces étonnantes pierres creusées qu’on y trouve et qui affectent toutes sortes de ressemblances animales. On a aussi beaucoup parlé des développements que prenait l’affaire de Cabrerets [...] dernier numéro de France-Dimanche et le prochain). Nous attendons cette semaine [...]se proposent de consacrer une [...] Arts à un […] sur St-Cirq et Cabrerets , où les incidents du 24 juillet seront discrètement évoqués. Le bruit a couru avec persistance à Cahors que j’avais par deux fois franchi la barrière protégeant les dessins préhistoriques et effacé un mammouth avec une clé ! L’affaire sera jugée en octobre ou novembre au tribunal de Cahors , ce qui m’obligera à revenir de Paris . Tout cela n’est que relativement drôle, surtout si l’on songe que ce sont presque seulement des curés qui sont experts en matière de préhistoire et que de grands intérêts régionaux sont, par ailleurs, en jeu. Pourquoi des curés ? me demanderas-tu. Parce que tu comprends bien qu’il est pour eux tout à fait essentiel d’accréditer l’idée que, dans de telles grottes, l’homme primitif (contemporain de celui ou de ceux qui ont tracé les dessins) est venu « sacrifier aux rites de sa religion », comme le proclame un écriteau placé à l’entrée. Rien de plus contestable, naturellement, mais cela permet de désigner ces cavités naturelles sous le nom de « roches-temples », d’y montrer une « chapelle des mammouths » (?) etc. Je ne suis heureusement pas seul à penser que la plupart de ces dessins ont été grandement « aidés » de nos jours. Dis-moi si tu as entendu parler à Cannes de ce petit fait divers et, si oui, comment il est commenté.

Il y a encore quelqu’un, nommé José Pierre, qui m’a soumis un assez long texte adressé à la petite fille qui se tient près de moi à Marseille sur une photographie reproduite dans le livre de Bédouin : il faudra que je te montre cela. T’ai-je dit que Jean-Jacques Lebel  m’avait écrit plusieurs fois de sa seule initiative et de manière assez émouvante ?

Nous n’avons, nous non plus, aucune nouvelle de Manou.

Je t’embrasse, mon petit chéri, tendrement.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 69 à 71

Librairie Gallimard

Creation date11/08/1952
Postmarked date11/08/1952
From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_67

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004943
Keywords, ,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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2 Comments
 

erreur dans le descriptif : Lettre d'André Breton à sa fille, de 5aint-Ciq-La-Popie, le 11 août 1952. >

> Saint-Cirq Lapopie

18/10/2018

Corrigé, Pradial, merci !

19/10/2018

[Laisse-moi te faire observer en passant...]

Carte postale datée de Saint-Cirq, le 28 août 1952

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
Person cited Louis Breton

Description

Carte postale d'André Breton à sa fille Aube, envoyée de Saint-Cirq-Lapopie le 28 août 1952.

 

Transcription

Chérie, laisse-moi te faire observer en passant que nous sommes le 28 août et que ta dernière lettre est du 3, ce qui n’est pas pour enlever de sa rigueur au vieux dicton « Loin des yeux, loin du cœur ». Ton grand-père est aussi sans nouvelles de toi. Bien qu’une lettre n’ait presque plus de prix lorsqu’elle est ainsi mendiée, je souhaite que tu trouves le temps de jeter trois mots sur le papier à notre intention. Nous serons de retour à Paris le 15 septembre après être passés par Lorient .

Baisers sans autres compliments.

A.

 

Bibliography

 André Breton (ed. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 65-67.

Librairie Gallimard

Postmarked date28/08/1952
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Physical description

Sur la carte postale : Ruines de l'Abbaye à Marcilhac.

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
Place of origin
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_191

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19005011
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CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
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[Très rayonnante ta photographie équestre...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 3 septembre 1952

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited M. Bessac, Elisa Claro Breton, Uli, Louis Breton

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, le 3 septembre 1952.

 

Transcription

Mercredi 3 septembre 1952

Ma petite Aube chérie,

Très rayonnante ta photographie équestre : dommage seulement que tu aies les yeux fermés. Pour en finir avec le problème psychologique posé par ta rédaction, bien sûr je ne puis intérieurement te blâmer de ne vouloir dire que ce que tu penses et ressens : par malheur ce n'est pas tout à fait l'optique voulue dans les examens. Je reste persuadé qu'il y avait là une épreuve de décision, que ce que l'auteur de la question cherchait à scruter (c'est la première chose qu'en pareil cas il faille se demander puisque après tout l'essentiel est de « réussir »), c'était la faculté d'orientation dans l'avenir aussi bien que la volonté qui y présidait.

Nous jouissons des derniers beaux jours à St-Cirq et même Uli a retrouvé quelques poils. Entre sept et huit heures du matin Elisa et moi nous observons les préparatifs de départ des hirondelles ou, plus exactement, des martinets à ventre blanc qui se rassemblent par centaines sur les fils télégraphiques et exécutent comme à l’école des exercices très variés, commandés manifestement par certaines d’entre elles. On dirait qu’elles sont conscientes des périls qu’elles peuvent courir d’ici au Sénégal : finies les courses éperdues et les stridentes piailleries autour du clocher. Elles sont tout à coup d’une gravité extraordinaire.

T’ai-je dit que nous étions allés en voiture dans la forêt de Grésigne , à quelque 80 km d’ici, conduits par un architecte qui est entomologiste à ses heures pour y chercher des scarabées sous les mousses des talus. J’en ai rapporté de très beaux, notamment le chrysocarabus hispanus et le chrysocarabus splendens (je n’y puis rien, ils n’ont pas d’autre nom mais ce sont des splendeurs, le premier à corselet bleu et élytres groseille en flammes, le second tout entier lisse et vermeil).

L’affaire de Cabrerets n’a pas très sensiblement changé de tournure. Le conseil municipal de la ville, réuni le 24 août, « approuve la plainte déposée et la confirme au nom de la commune de Cabrerets , propriétaire de la grotte. Il demande à M. le Préfet du Lot de bien vouloir attirer l’attention de M. le ministre des Beaux-Arts sur le fait qu’une dégradation volontaire d’une œuvre classée tend à être présentée dans la presse sous l’apparence d’un geste courageux que tout “homme libre” peut et doit se permettre lorsque sa compétence artistique personnelle est en désaccord avec celle des experts et archéologues connus » (La Dépêche du Midi, 30 août).

Nous serons mardi soir à Lorient , samedi soir à Paris . Dis-nous, petit chéri, quand tu comptes revenir. Bien que je ne veuille en rien abréger tes vacances, je te recommande de ne pas attendre le dernier moment pour rentrer, surtout en raison de cet examen qui ne doit pas te trouver dans des conditions de trop grande désadaptation, n’est-ce pas ?

J’espère que Jacqueline est maintenant en très bonne santé.

Écris-nous, ma petite Aube, au moins à Lorient entre le 9 et le 13 août [= septembre] et d’ici là, je t’en prie, n’oublie pas de donner des nouvelles à ton grand-père.

Un petit cactus tonneau que nous avons ici dans un pot a donné une de ces dernières nuits une merveilleuse fleur blanche en étoile. C’était presque « la fleur du bal » et j’ai pensé à toi.

Je t’embrasse dans sa lumière.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 71 à 73

Librairie Gallimard

Creation date03/09/1952
Postmarked date03/09/1952
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From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_69

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
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Boîte de coléoptères

-
Collection d'insectes chassés et conservés par André Breton dans la forêt de la Grésigne, dans le Tarn.
Une image, une notice descriptive, une exposition, une bibliographie.

[Je suis, comme prévu...]

Lettre datée de Mesnil-le-Roi, le 8 avril 1953

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Wolfgang Paalen, Louis Pauwels, Hélène Tournaire, Marie Wilson, Benjamin Péret

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, de Mesnil-le-Roi, datée du 8 avril 1953.

 

Transcription

Mesnil-le-Roi, le 8 avril 1953

Petite Aube chérie, je suis, comme prévu, chez les Pauwels où je ne m’amuse guère. Il fait froid, pluvieux et je suis seul presque toute la journée. Pas même envie de me promener dans la forêt qui est d’ailleurs convertie en piste d’entraînement pour les trois mille chevaux de course de Maisons-Laffitte. Ne va pas te figurer que le défilé continuel de ces chevaux à partir de six heures du matin devant la fenêtre de ma chambre — située au rez-de-chaussée — peut présenter un agrément quelconque : rien de plus agaçant, de plus obsédant, de plus crétinisant, je suis sûr que tu en conviendrais toi-même.

Elisa est à St-Cirq où l’a conduite en voiture Marie Wilson , l’amie de Paalen , et Benjamin les a accompagnées. Il paraît qu’il fait aussi froid là-bas qu’ici. Elisa fait défricher le jardin et s’occupe de la construction du petit bâtiment qui faisait tellement défaut. Je crois qu’elle est contente de son voyage. J’imagine qu’elle rentrera dimanche.

Et toi, chérie ? Il me semble que tu devais revenir samedi prochain, non ? Il faut absolument que je sache, tu sais ! Le mieux est que tu m’écrives rue Fontaine, je vais demander qu’on ne me fasse plus suivre le courrier. N’oublie pas de me dire l’heure d’arrivée de ton train.

Je suis toujours fatigué et je tousse beaucoup, bien que je n’aie pas recommencé à fumer.

Par cette lettre retournée par la poste, je vois que malgré tout ce que je t’avais dit tu as cru devoir continuer cette espèce de « chaîne » à la fois louche et stupide. Cela ne me donne pas une plus haute idée de la confiance que tu me fais.

À très bientôt, mon chéri. Je t’embrasse tendrement.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 73-74

Librairie Gallimard

Creation date08/04/1953
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From / ProvenanceMaisons-Laffitte, Yvelynes
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_72

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[Ne regrette pas trop d'être encore à Paris...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 9 juin 1953

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Marie Cuttoli ép. Laugier, Dr Henri Laugier, Stéphane Mallarmé, Frédéric Zeller

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, datée du 9 juin 1953, envoyée le 10, de Saint-Cirq-Lapopie.

 

Transcription

St-Cirq, le 9 juin 1953.

Mon Aube chérie,

Ne regrette pas trop d’être encore à Paris ; le temps, ici, est aussi maussade que possible : il a plu hier toute la journée et ce matin il n’y a pas dans le ciel le plus petit trou bleu (de ces trous que, disait Mallarmé , « font méchamment les oiseaux » : il disait « méchamment » parce qu’il estimait que la condition humaine, très sombre, n’avait que faire de cet azur vers le haut). Toujours est-il que St-Cirq, ainsi, n’est plus guère lui-même, bien qu’on entende les oiseaux chanter. La maison a pourtant gagné en confort et, même, hier nous avons pu y prendre le repas du soir.

Il y a tant de « retard sur la saison » que le jardin manque de couleurs. À part quelques roses il n’y a qu’une digitale gigantesque qui a l’air d’un bonnet de fou, à moins que ce soit de la marotte du même. Roses trémières, liliums, bégonias sont encore en projet.

Mon petit chéri, j’attends une lettre où tu me dises comment s’organise ta vie, à quelle heure tu te lèves pour être à 8h¼ à Jules-Ferry, comment tu fais pour déjeuner, si tu vois beaucoup de monde chez Marie. N’oublie pas de demander à Monsieur Laugier s’il peut quelque chose pour te faciliter le renouvellement de ton passeport car plus il y aura de jours qu’il sera périmé, plus ce renouvellement sera difficile. N’oublie pas non plus d’écrire très gentiment à ton grand-père  : je reçois ce matin une lettre de lui qui est assez alarmante et il est presque à craindre que nous ne le revoyions plus. — Qui as-tu revu de nos amis ? Es-tu passée une fois au café de la Mairie ? Fais-leur nos amitiés à tous en attendant qu’il fasse assez beau pour que je leur écrive.

Je n’ose te recommander davantage de veiller à la fin de cette année scolaire (très compromise, crois-moi) : au moins faudrait-il que tu donnes ces dernières semaines l’impression de la bonne volonté. Oui ?

Que la fermeture des portes de la rue Fontaine soit, je t’en prie, l’objet de toute ton attention. As-tu pu te procurer le second exemplaire de la clé du verrou ?

Ma petite Aube , nous attendons de longues nouvelles de toi à ces divers propos et à d’autres, si tu veux bien. Veux-tu bien présenter nos affections à Marie ainsi qu’à Henri Laugier.

Elisa t’embrasse. Je te serre dans mes bras, pour une fois sans jouer.

André

 

Bibliography

André Breton (éd. Jean-Michel Goutier), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, 2009, p. 76 à 79, rep. p. 77-78

Librairie Gallimard

Creation date09/06/1953
Postmarked date10/06/1953
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Bibliographical material

2 feuillets in-4° sur papier à en-tête de Médium

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
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Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_74

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004947
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CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
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 [N'oublie pas – si tu as le temps, que c'est...]

Carte postale envoyée le 24 juin 1953 de Saint-Cirq-Lapopie

Correspondence

Author

Author André Breton
Letter to Aube Breton-Elléouët
People cited Marie Cuttoli ép. Laugier, Dr Henri Laugier, Frédéric Zeller

Description

Carte postale d'André Breton à sa fille Aube, de Saint-Cirq-Lapopie, le 24 juin 1953.

 

Transcription

Cher petit enfant, n’oublie pas — si tu as le temps, que c’est le vendredi 26 juin, à 21 heures, qu’a lieu l’inauguration du « Caveau des Légendes », 22 rue Jacob. Je voudrais bien que tu me dises comment cela s’est passé. Et aussi que tu décides Marie et Henri Laugier  à aller voir (puisqu’il y va de la vie de Paris présentée de manière vivante, cela les concerne). Et enfin qu’en passant, si possible, au café de la Mairie  le 26 tu rappelles à nos amis, ainsi qu’à ceux du Soulèvement, que Fred Zeller , pour qui j’ai grande estime, sera heureux de les voir le soir.

Je pense à toi, au terme de tes peines, chérie, et te souhaite un très beau voyage.

André

Bibliography

André Breton (Jean-Michel Goutier éd.), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2009, p. 74

Librairie Gallimard

Postmarked date24/06/1953
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 Sur la carte postale : Maison du peintre Henri Martin à Saint-Cirq-La-Popie.

From / ProvenanceSaint-Cirq-Lapopie, Lot
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Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_192

Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19005012
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CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
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Le sel du temps

-
André Breton

-

Texte d'introduction du « Caveau des légendes » daté du 1er juin 1953 et publié le 26 juin de la même année.

Trois images, une notice descriptive, une bibliographie, une exposition.

[AB's Manuscripts] Miscellaneous Manuscripts