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[Je viens de chez Picasso...]

Lettre datée du 3 décembre 1921

Correspondance

Auteur

Auteur André Breton
Personnes citées André Derain, Pablo Picasso
Destinataire Jacques Doucet

Descriptif

Lettre d'André Breton à Jacques Doucet, de Paris, le 3 décembre 1921.

 

Transcription

Mardi 3 décembre 21

Bien cher Monsieur,

je viens de chez Picasso qui n’était pas chez lui et à qui j’ai demandé rendez-vous par écrit pour la semaine prochaine. Je sais très bien de quoi vous a parlé Roché mais je ne partage pas tout-à-fait son enthousiasme pour la petite chose en question. La raison en est que Picasso a apporté de Fontainebleau des œuvres à mon avis beaucoup plus importantes et que, d’autre part, il n’y a pas intérêt, je crois, à représenter Picasso dans votre collection par des pièces aussi minuscules. Vous savez que je déplore légèrement, surtout en vue de votre maison future, que vous n’ayez pas fait l’acquisition d’une des œuvres maîtresses de Picasso (je veux parler surtout d’une grande chose dont l’importance historique soit absolument indéniable comme ces Demoiselles d’Avignon qui marquent l’origine du cubisme et qu’il serait si fâcheux de voir partir à l’étranger). Vous excuserez, Monsieur, ma franchise mais il me semble toujours que vous vous devez presque, par delà votre goût qui est imprescriptible, d’accueillir chez vous l’œuvre la plus marquante des deux ou trois plus grands artistes d’aujourd’hui. Cet esprit me semble en tout cas seul conforme à celui dans lequel vous avez conçu votre bibliothèque et, pour ma part, je ne saurais en faire abstraction chaque fois que je vous signale un tableau. C’est ainsi que le pastel de Picasso dont je vous avais parlé me semblait répondre à cette exigence. C’est dans le même but que j’aurais voulu vous voir posséder de Derain une œuvre comme Le Samedi ou Le Chevalier X, parce que ces choses, qui sont les chefs d’œuvre de leur auteur, me semblent seules en rapport avec ce que vous réalisez dans tous les autres domaines.

Croyez, cher Monsieur, que ces propos sans aucune prétention me sont seulement dictés par l’affection et l’admiration que j’ai pour vous et qu’ils prouvent seulement que je suis incapable de douter de vous toutes les fois qu’il s’agit d’accomplir quelque chose d’idéal.

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien mettre mes hommages aux pieds de Madame Doucet. Je suis très respectueusement à vous,

André Breton.

15 rue Delambre XIVe

P. S. Je vous prie d’excuser ce papier sale. J’écris au café.

 

Bibliographie

André Breton, Lettres à Jacques Doucet, éd. Étienne-Alain Hubert, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2016, p. 106-108.

 

Librairie Gallimard

Date de création03/12/1921
Notes bibliographiques

Ms - Quatre pages 21 × 13,5 cm sur un feuillet 27 × 21 cm plié, papier quadrillé.

Languesfrançais
Lieu d'origine
Bibliothèque

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : BLJD7210-16

Dimensions13,50 x 21,00 cm
Crédit© Aube Breton, Gallimard 2016
Mots-clés,
CatégoriesCorrespondance, Lettres d'André Breton
Série[Correspondance] Lettres à Jacques Doucet
Lien permanenthttps://www.andrebreton.fr/fr/work/56600101001008
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