The Collection

Home Page > Works > [Voici trop longtemps qu'on est...]

Description

Lettre d'André Breton à sa fille Aube, datée de Saint-Cirq-Lapopie, le 16 juillet 1958.

 

Transcription

St-Cirq, le 16 juillet 1958

Mon petit chéri, voici trop longtemps qu’on est sans nouvelles de toi et je suis un peu inquiet. Tu nous disais que tu vivais là-bas surtout pour le courrier… Et le temps n’a pas dû te manquer tout à fait. Je suis heureux pour toi que ce stage tire à sa fin. Est-ce qu’Yves n’a pu venir te voir dimanche et lundi ? J’avais écrit à Julien Gracq pour le prier de te voir mais l’avant-veille de notre départ, il m’avait en réponse téléphoné de Paris , où il était revenu pour l’oral des examens : il était bien décidé à te rendre visite mais, comme tu as dû l’apprendre, Nora  venait d’être victime d’un accident de voiture apparemment très sérieux et je doute un peu qu’il ait regagné St-Florent. (On parlait d’une fracture du nez et d’une fracture ouverte de la cheville, sans préjudice de multiples lésions du visage ayant nécessité des sutures : toujours est-il qu’elle avait grand-peine à parler par téléphone et semblait totalement démoralisée).

Nous sommes partis jeudi matin de Paris en voiture avec Joyce et son mari et arrivés à temps ce même jour à Cahors pour bénéficier de la Micheline. Voyage très agréable d’un bout à l’autre. Le beau temps et même la grande chaleur se sont installés avec nous, il avait fait très mauvais temps jusqu’alors. Adrien , Simone et Annie nous ont rejoints dimanche matin et je n’ai pas besoin d’ajouter que nous avons repris aussitôt le chemin des plages. Nous avons trouvé la maison en bon état, les deux nouvelles petites chambres d’en haut aussi accueillantes que possible : il n’y manque que les meubles. J’attends l’arrivée, par les soins du camionneur, d’une vingtaine de tableaux naïfs que j’ai prélevés dans la soupente de l’atelier rue Fontaine et qui me semblent devoir ici égayer un peu tous les murs. La plupart des maisons environnantes sont habitées (les Daura, les Bader, les Guillois), de sorte que le village a repris la physionomie que tu lui connais. Que n’y êtes-vous tous les deux ou que ne peut-on tout au moins s’attendre à vous y voir apparaître ! Yves envisageait bien de t’y emmener pour quelques jours après la Bretagne mais je n’ose trop y croire : dis-moi très vite ce que vous avez décidé.

Ma petite Aube chérie, je te quitte parce que cette mauvaise plume me fait souffrir. Il y a deux magnifiques colombes qui ne quittent pas le jardin : elles sont, à première vue, d’un blanc immaculé avec la queue relevée en « volant » de jeu de grâces. À les examiner plus à loisir, on constate qu’aux plumes blanches de cette queue se mêlent pour l’une quelques plumes roses et pour l’autre quelques plumes vertes très claires. Ce sont des oiseaux de féerie dont je tourne les plus belles poses vers toi.

Je t’embrasse tendrement.

André

Bibliography

André Breton (Jean-Michel Goutier éd.), Lettres à Aube, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2009, p. 114-115

Librairie Gallimard

Creation date16/07/1958
Postmarked date16/07/1958
Destination address
Bibliographical material

2 pages in-4°
Enveloppe conservée

Place of origin
Library

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_137

Number of pages2
Copyright© Aube Breton, Gallimard 2009
Reference19004978
Keywords, ,
CategoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Libraries, Correspondence, Letters from André Breton
SetLettres à Aube
Permanent linkhttps://www.andrebreton.fr/en/work/56600101000147
relwmap_works_label (1)