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[C'est vrai que je mérite tous vos reproches...]

Lettre datée de Saint-Cirq, le 4 juillet 1964

Correspondance

Auteur

Auteur André Breton
Personnes citées Sandra Calder-Davidson, Jean Davidson, Alexander Calder
Destinataires Aube Breton-Elléouët, Yves Elléouët

Descriptif

Lettre d'André Breton à Aube et Yves Elléouët, datée du 4 août1964.

Transcription

St Cirq. le 4 août 1964

C'est vrai que je mérite tous vos reproches. Vous voilà maintenant plus à l'aise pour m'excuser, pris enfin à votre tour par le train nonchalant des choses. D'ici, vous savez aussi le peu que l'on a à conter et Elisa y a pourvu de vive voix. L'événement le plus saillant en son absence – qui a d'ailleurs tourné une tragédie – a été un matin vers neuf heures l'apparition dans la cour du jardin, à deux pas de moi qui étais assis, d'un petit être ravissant, de la grosseur d'un hamster mais à dos gris et ventre clair, pourvu d'une queue plutôt fauve et parfaitement blanche dans son tiers terminal – queue d'environ une fois et demie la longueur de son corps, moins touffue certes que celle de l'écureuil, mais bien fournie tout de même. Nullement effarouché, ce petit personnage, tout en me suivant du regard quand j'ai commencé à marcher tout près de lui, n'a pas cessé pour autant, dans la posture de l'écureuil, de croquer les graines qu'il pouvait trouver et de se lisser la moustache. J'ai pu l'observer ainsi une heure durant puis une autre heure car il est revenu dans la même matinée. Faute d'un ouvrage sur les mammifères, je n'ai pu recouvrir qu'au petit Larousse, où le hasard m'a mis d'emblée sur l'image qui m'a paru lui correspondre exactement et qui m'a appris son nom: le muscardin. Est-ce que vous connaissez ? Hélas, l'après-midi où je guettais un peu son retour, j'ai été alerté par le dévalement à toute vitesse le long du sentier qui passe devant la grille de deux chats dont celui qu'on appelle dans le village le Fellagha en raison de sa cruauté éprouvée depuis des années. Je me suis aussitôt levé comme je fais toujours pour les mettre en fuite, ce à quoi je suis difficilement parvenu. Une minute ne s'était pas écoulée que le petit être de féerie pénétrait à nouveau dans le « jardin » mais cette fois il m'a semblé tout de suite péniblement et en rasant le mur, cherchant à se cacher sous les menthes. Il a tout de même réussi à escalader les trois marches que menaient à l'ancien four à pain mais, le temps de me mettre à la recherche d'une cage ou d'une boîte pour l'y faire entrer et le soigner s'il y avait lieu, il avait disparu et j'ai battu vainement les feuillages, « misères » et autres, à sa recherche. C'est seulement le lendemain que j'ai retrouvé son corps plus menu que jamais à l'endroit même où il était venu se réfugier. Je me suis effroyablement attendri devant le petit paraphe blanc de sa queue.

Chers petits enfants, je suis désolé de penser que c'est peut-être l'insuffisance des crédits qui a abrégé vos leçons de conduite. Il était pourtant bien convenu qu'en pareil cas vous deviez faire appel à moi. En ce qui concerne le choix du type de voiture, j'opte pour le modèle à toit ouvrant et j'espère qu'ainsi vous serez contents tout de même. Je vous sais mieux placés que quiconque, auprès de Davidson pour acquérir la « praxis » irremplaçable. Présentez-lui ainsi qu'à Sandra mes amitiés. À Louise et Sandy mon plus chaleureux souvenir.

Tendrement à vous deux.

(Superbes les décalcomanies de l'enveloppe !)

André

Date de création04/08/1964
Date du cachet de la Poste05/08/1964
Adresse de destination
Notes bibliographiques

2 pages in-4° Enveloppe conservée

Lieu d'origine
Bibliothèque

Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : Ms Ms 41363_168

Nombre de pages2
Crédit© Aube Breton, 2018
Référence19004994
Mots-clés, ,
CatégoriesBibliothèque littéraire Jacques-Doucet, Bibliothèques, Correspondance, Lettres d'André Breton
SérieLettres à Aube
Lien permanenthttp://www.andrebreton.fr/work/56600101000159
Lieu d'origine de cet objet (région ou atelier) (1)