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Salomon Ier Roi de Bretagne

Tableau

Auteur

Artiste Charles Filiger

Descriptif

Gouache, aquarelle et collage sur papiers assemblés (trois parties) datant de 1903.

Gouache, aquarelle et collage sur papiers assemblés, annoté au dos de l'encadrement, de la main d'André Breton : Salomon 1er Roi de Bretagne (titre communiqué par l'ancien possesseur).

D'après Mira Jacob, cette œuvre comporte trois parties. La première partie présente la figure du roi et l'église entre trois frises à décor géométrique inégal (en haut et en bas de ces deux images). Cette première feuille (partie) est placée dans un entour à ornements géométriques de façon asymétrique, un vide étant laissé à gauche entre elle et l'entour. Sur ce vide est collé un cercle sur lequel figurent un oiseau et des fruits.

« Ce cercle est collé de façon à réunir l'image centrale à l'encadrement. C'est un procédé de collage tout à fait inusité pour son temps.
» La figure du Roi construite par plans comme le serait une figure du cubisme analytique, porte une couronne ornée d'un panache en forme de fleur qui sépare par le milieu les deux frises décoratives supérieures. Sur les surfaces laissées libres, entre les trois cercles qui enferment les images, sont peintes des fleurs et des feuilles inconnues comme celles que l'on voit dans les livres d'heures du Moyen Age.
» La rupture avec sa manière cloisonniste qui, malgré tout, se référait à la réalité visible, est ici totale. Le rapprochement des images, identifiables mais fortement stylisées, avec des éléments qui ne relèvent que de la pure peinture et de l'imaginaire, ce que devaient faire plus tard les surréalistes, produit un effet insolite.
» On retrouve ce type de motifs dans un cahier d'études de l'artiste (fig. 143) portant la date de 1903. On peut par analogie dater cette œuvre de 1903. » (Strasbourg, Musée d'art moderne à l'Ancienne Boucherie, Musée Historique, Charles Filiger, 1863-1928, (présentation et analyse de l'œuvre par Mira Jacob), 1990, p. 180)

Salomon Ier fait partie de cette lignée des rois légendaires ou semi-légendaires de la Bretagne après Conan Mériadec et Gradlon Meur. Le symbolisme de l'œuvre, la présence de l'oiseau et du paysage avec l'église n'a pas été explicité. [ce paragraphe : notice du musée des Beaux-Arts de Quimper, 2013]

Charles Filiger
« À la fin de son article intitulé "Filiger" et paru au Mercure de France, en 1894, Alfred Jarry conclut : "Il est très absurde que j'aie l'air de faire cette sorte de compte rendu ou description de ces peintures. Car, - 1° si ce n'était pas très beau, à les citer je ne prendrais aucun plaisir, donc ne les citerais pas ; - 2° si je pouvais bien expliquer point par point pourquoi cela est très beau, ce ne serait plus de la peinture, mais de la littérature (rien de la distinction des genres), et cela ne serait plus beau du tout ; - 3° que si je ne m'explique point par comparaison - ce qui irait plus vite - c'est que je ne fais point à ceux qui feuillettent ces notes le tort de croire qu'il leur faut prêter courte échelle [...], - et plutôt que toute dissertation sur Filiger remirons-nous en l'ivoire des faces et des corps de sa Sainte-Famille, reproduite au Cœur (La Sainte Famille figurait dans le numéro de juillet-août 1893 de la revue Le Cœur et la revue d'art) et dont je n'ai point parlé, car c'eût été très inutile." (p. 49)
» "Poète de la Foi", d'après Georges-Albert Aurier (p. 61), "moine laïque... (qui) avait rénové non la peinture religieuse, mais le mysticisme en une époque qui ne pouvait comprendre" d'après Maxime Maufra (p. 63), mystique, créateur d'une "œuvre abstraite" d'après Antoine de La Rochefoucauld (p. 77), son mécène, "fort gentil mais si loin de toute notre civilisation, si au-dessus", d'après Paul-Emil Colin, Charles Filiger croyait à "ce que l'art a de consolant et de bienfaisant quand on le pratique à l'égal d'une religion, et de la plus belle des religions, celle de l'âme !" (Lettre adressée à sa nièce Anna en décembre 1904.) » (Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental du Prieuré « Symbolistes et Nabis - Maurice Denis et son temps », Filiger, dessins-gouaches-aquarelles, 1981-1982, pp. 49-118.)

« André Breton le découvrit en 1953 et ayant soudain la révélation du message de Filiger contribua à mieux faire connaître et apprécier ce talent oublié. Dans la préface-manifeste pour l'exposition Dessins symbolistes réalisée au Bateau Lavoir en 1958 et reprise sous le titre "Du symbolisme" dans Le surréalisme et la peinture édité chez Gallimard en 1965 (pp. 357-362) André Breton parle de la "peinture qui se veut recréation du monde en fonction de la nécessité intérieure éprouvée par l'artiste. La primauté n'est plus alors accordée à la sensation, mais bien aux plus profonds désirs de l'esprit et du cœur. Le spectacle à peu près dénué de sens qu'offrent au vulgaire la nature et l'agitation humaine cesse d'être regardé comme une fin, tenu même pour un obstacle. Un désir irrépressible s'en empare et n'a de cesse qu'il ne l'ait démembré pour en extraire les éléments à son usage, ceux qui sont propres à s'agencer tout originalement par rapport à lui. Une telle peinture est, de toute évidence, la seule qui tienne devant le vœu exprimé par Rimbaud d'une langue qui soit 'de l'âme pour l'âme' - quand, au mieux, nous ne saurions attendre de l'autre que frisson à fleur de peau."
» À la fin de ce texte Breton mentionne l'art de Filiger : "Toutefois, de Pont-Aven émergent entre toutes l'œuvre de Filiger, portée d'un bout à l'autre par les mêmes ailes que le 'Cantique à la Reine' de Germain Nouveau."
» C'est à des qualités sensibles autant qu'à des exigences intellectuelles que Breton obéit dans son amour de Filiger dont il a placé les œuvres au-dessus de son lit. Le matin, au moment de se recomposer avec le monde extérieur, il aime les effleurer des yeux. Ce peintre méconnu, et qui a peut-être exercé une influence déterminante sur Gauguin (qu'il attaquait quand Gauguin était présent, dont il disait le plus grand bien quand il était absent) - dernière re-découverte de Breton, est le signe que la recherche par lui au moment où, à 15 ans, il contemplait, ravi, les toiles de Matisse dans les vitrines de la galerie Bernheim, continue de tracer, dans le monde actuel, un chemin phosphorescent, qui mène où nul n'est jamais allé. »
Alain Jouffroy (« La collection André Breton », L'Œil, n° 10, oct. 1955, p. 32-39).

Expositions


- Paris, Musée pédagogique, Pérénnité de l'art gaulois, 1955, n° 459
- Paris, Le Bateau lavoir, Dessins symbolistes, préface-manifeste par André Breton, 1958, n° 18, rep. s.p. (étiquette au dos)
- Quimper, musée des Beaux-Arts, Charles Filiger, André Breton : à la recherche de l'art magique, 2006 - Brest, musée des Beaux-Arts, Saint-Pol Roux et son temps, 2009

Bibliographie

- Alain Jouffroy, « La collection André Breton », In : L'œil, n° 10, octobre 1955, rep.p. 33
- Strasbourg, Charles Filiger, 1863-1928, (présentation et analyse de l'œuvre par Mira Jacob), musée d'Art moderne à l'ancienne boucherie, Musée historique, 1990, rep. p. 76, n° 100, p. 180
- André Cariou, À la recherche de l'art magique, Charles Filiger, André Breton, musée des Beaux-Arts de Quimper, 2006, cat. 13

Date de création1903
Date d'édition1903
Languesfrançais
Notes25,3 x 29,8 cm (10 x 11 3/4 in.) - Gouache, aquarelle et collage sur papiers assemblés
Musée

2003-4

Vente Breton 2003Lot 4042
Mots-clésassemblage ou collage, peinture
CatégoriesBeaux-Arts, Musée des Beaux-Arts de Quimper, Musées, Tableaux
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100987380