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Architecture symboliste

Tableau

Auteur

Artiste Charles Filiger

Descriptif

Gouache sur papier achetée par André Breton à Pont-Aven en 1949.

Peinture à la gouache sur papier de Charles Filiger, acquise par André Breton à Pont-Aven en 1949. Signée en bas à droite : C. Filiger ; au dos de l'encadrement : Bateau-Lavoir (?), n° 91 (étiquette Le moine Perignon).

Le musée des Beaux-Arts de Quimper précise, en 2013, que ce « premier achat d'André Breton d'une œuvre de Filiger dont le symbolisme demeure indéchiffrable ».

« Devant le Cimabue du Louvre, a rapporté Julien Leclerc, Filiger s'extasiait surtout parce que les visages des anges y sont pareils à celui de la Vierge (il s'agit de la Madonne aux anges (1290) : la Vierge, sur un trône, est entourée de six anges [...]). Je me souviens d'avoir attribué à la même cause mon premier émerveillement devant ce tableau. Il y a deux ans, j'ai pu acquérir à Pont-Aven une gouache de Filiger qu'on trouvera reproduite en planche 8 du présent ouvrage. Les huit arches supérieures, ainsi que le ciel autour des constructions, en sont bleu roi ; les chevaux d'un vert mousse un peu moins soutenu que la bande transversale, où ondule en ponctuation claire une ligne à motifs trifoliés. Rouge groseille les épis inférieurs, qui deux par deux flanquent une fleur couleur de la chicorée sauvage, le tout comme filigrané d'une couronne suspendue au-dessus d'un papillon [...]. La symétrie n'est brisée que par le rameau qui se déploie de droite à gauche, de l'une à l’autre tour latérale verte, et, entre deux cœurs clairs, laisse pendre un fruit inconnu, d’un rouge voisin de celui des épis. J’ai beau savoir combien une telle description est vaine, je m’y laisse entraîner par amour : mon excuse est que rien n’a disposé sur moi d’un enchantement plus durable, ni ne s’est montré plus à l’abri des variations de mon humeur. On sait que Gauguin, en 1888, a peint pour Paul Sérusier une petite planchette qui est passée dans l’histoire de la peinture sous le nom de Talisman. Si ce titre n’était pas pris, pour ce Filiger - à peine plus grand - qui n’en a pas, c’est celui que je retiendrais. » André Breton (« Alfred Jarry initiateur et éclaireur », Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1999, pp. 924-925, p. 1420).

Charles Filiger
« À la fin de son article intitulé "Filiger" et paru au Mercure de France, en 1894, Alfred Jarry conclut : "Il est très absurde que j'aie l'air de faire cette sorte de compte rendu ou description de ces peintures. Car, - 1° si ce n'était pas très beau, à les citer je ne prendrais aucun plaisir, donc ne les citerais pas ; - 2° si je pouvais bien expliquer point par point pourquoi cela est très beau, ce ne serait plus de la peinture, mais de la littérature (rien de la distinction des genres), et cela ne serait plus beau du tout ; - 3° que si je ne m'explique point par comparaison - ce qui irait plus vite - c'est que je ne fais point à ceux qui feuillettent ces notes le tort de croire qu'il leur faut prêter courte échelle [...], - et plutôt que toute dissertation sur Filiger remirons-nous en l'ivoire des faces et des corps de sa Sainte-Famille, reproduite au Cœur (La Sainte Famille figurait dans le numéro de juillet-août 1893 de la revue Le Cœur et la revue d'art) et dont je n'ai point parlé, car c'eût été très inutile." (p. 49)
» "Poète de la Foi", d'après Georges-Albert Aurier (p. 61), "moine laïque... (qui) avait rénové non la peinture religieuse, mais le mysticisme en une époque qui ne pouvait comprendre" d'après Maxime Maufra (p. 63), mystique, créateur d'une "œuvre abstraite" d'après Antoine de La Rochefoucauld (p. 77), son mécène, "fort gentil mais si loin de toute notre civilisation, si au-dessus", d'après Paul-Emil Colin, Charles Filiger croyait à "ce que l'art a de consolant et de bienfaisant quand on le pratique à l'égal d'une religion, et de la plus belle des religions, celle de l'âme !" (Lettre adressée à sa nièce Anna en décembre 1904.) » (Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental du Prieuré « Symbolistes et Nabis - Maurice Denis et son temps », Filiger, dessins-gouaches-aquarelles, 1981-1982, pp. 49-118.)

« André Breton le découvrit en 1953 et ayant soudain la révélation du message de Filiger contribua à mieux faire connaître et apprécier ce talent oublié. Dans la préface-manifeste pour l'exposition Dessins symbolistes réalisée au Bateau Lavoir en 1958 et reprise sous le titre "Du symbolisme" dans Le surréalisme et la peinture édité chez Gallimard en 1965 (pp. 357-362) André Breton parle de la "peinture qui se veut recréation du monde en fonction de la nécessité intérieure éprouvée par l'artiste. La primauté n'est plus alors accordée à la sensation, mais bien aux plus profonds désirs de l'esprit et du cœur. Le spectacle à peu près dénué de sens qu'offrent au vulgaire la nature et l'agitation humaine cesse d'être regardé comme une fin, tenu même pour un obstacle. Un désir irrépressible s'en empare et n'a de cesse qu'il ne l'ait démembré pour en extraire les éléments à son usage, ceux qui sont propres à s'agencer tout originalement par rapport à lui. Une telle peinture est, de toute évidence, la seule qui tienne devant le vœu exprimé par Rimbaud d'une langue qui soit 'de l'âme pour l'âme' - quand, au mieux, nous ne saurions attendre de l'autre que frisson à fleur de peau."
» À la fin de ce texte Breton mentionne l'art de Filiger : "Toutefois, de Pont-Aven émergent entre toutes l'œuvre de Filiger, portée d'un bout à l'autre par les mêmes ailes que le 'Cantique à la Reine' de Germain Nouveau".
» C'est à des qualités sensibles autant qu'à des exigences intellectuelles que Breton obéit dans son amour de Filiger dont il a placé les œuvres au-dessus de son lit. Le matin, au moment de se recomposer avec le monde extérieur, il aime les effleurer des yeux. Ce peintre méconnu, et qui a peut-être exercé une influence déterminante sur Gauguin (qu'il attaquait quand Gauguin était présent, dont il disait le plus grand bien quand il était absent) - dernière re-découverte de Breton, est le signe que la recherche par lui au moment où, à 15 ans, il contemplait, ravi, les toiles de Matisse dans les vitrines de la galerie Bernheim, continue de tracer, dans le monde actuel, un chemin phosphorescent, qui mène où nul n'est jamais allé. » Alain Jouffroy (« La collection André Breton », In : L'œil, n° 10, octobre 1955, pp. 32-39).

Expositions


- Londres, The Tate Gallery, Gauguin and the Pont-Aven Group, 1966, n° 135 b (étiquette au dos)
- Londres, Arts Council of Great Britain, Dada and Surrealism reviewed, 1978, n° 17.64 (étiquette au dos)
- Paris, Musée national d’art moderne/Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991 (étiquette au dos)
- Stockholm, Nationalmuseum ; Oslo, Nasjonalgalleriet ; Helsingfors, Ateneum, Inbillning och dröm, Fransk symbolism 1886-1908, 1994, rep.p. 36, n° 89 (étiquette au dos)
- Quimper, musée des Beaux-Arts, Charles Filiger, André Breton : à la recherche de l'art magique, 2006.

Bibliographie

 
- André Breton, « Alfred Jarry initiateur et éclaireur », in : André Breton, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1999, rep.p. 929, pp. 924-925, p. 1420
- André Breton (avec le concours de Gérard Legrand), L'Art magique, Paris, Formes et reflets, Club français de l'art, 1957, rep.p. 37
- André Breton, Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée, 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, rep.p. 358
- Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental du Prieuré « Symbolistes et Nabis - Maurice Denis et son temps », Filiger, dessins-gouaches-aquarelles, 1981-1982, rep.p. 94
- José Pierre, André Breton et la peinture, Lausanne, Éditions l'Âge d'Homme, 1987, rep. n°13, s.p.
- Strasbourg, Musée d'art moderne à l'Ancienne Boucherie, Musée historique, Charles Filiger, 1863-1928, (présentation et analyse de l'œuvre par Mira Jacob), 1990, rep.p. 79, n° 106, p. 181
- Paris, Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991, rep. p. 439 et p. 487
- Ragnar von Holten, Roger G. Tanner, Inbillning och dröm, Fransk symbolism 1886-1908, Stockholm, Nationalmuseum / Olso, Helsingfors, 1994, rep. p. 36, n°89
- André Cariou, À la recherche de l'art magique, Charles Filiger, André Breton, musée des Beaux-Arts de Quimper, 2006, cat. 11
- Jill Fell, "The fascination of Filiger : from Jarry to Breton", Papers of surrealism, Issue 9, été 2011

Date de création1914
Date d'édition1914
Languesfrançais
Notes25,7 x 21 cm (10 1/8 x 8 1/4 in.) - Gouache sur papier, sd.
ProvenanceAcheté par Breton à Pont-Aven en 1949
Musée

2003-2

Vente Breton 2003Lot 4285
Mots-cléspeinture, sacré ou religion
CatégoriesMusée des Beaux-Arts de Quimper, Musées, Tableaux
Série1991, La Beauté convulsive, centre Pompidou
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100877700