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Le piège

Tableau

Auteur

Artiste Joan Miró

Descriptif

Huile sur toile de 1924 montrée lors de l'Exposition internationale du surréalisme en 1959-1960.

Peinture signée et datée en bas à droite : Miró 1924 ; signée, titrée, datée au dos : Joan Miró, Le Piège, 1924.

« Pour mille problèmes qui ne le préoccupent à aucun degré bien qu'ils soient ceux dont l'esprit humain est pétri, il n'y a peut-être en Joan Miró qu'un désir, celui de s'abandonner pour peindre, et seulement pour peindre (ce qui pour lui est se restreindre au seul domaine dans lequel nous soyons sûrs qu'il dispose de moyens), à ce pur automatisme auquel je n'ai, pour ma part, jamais cessé de faire appel, mais dont je crains que Miró par lui-même ait très sommairement vérifié la valeur, la raison profonde. C'est peut-être, il est vrai, par là qu'il peut passer pour le plus "surréaliste" de nous tous. Mais comme nous sommes loin de cette "chimie de l'intelligence" dont on a parlé ! L'empirisme a, dans la guérison de certaines maladies de l'âme, quelque chose de providentiel. Derrière les incantations répétées en latin de campagne, dans l'ombre de la chaudière à retours de flamme où par définition les produits de la combustion doivent revenir sur eux-mêmes avant de passer par la cheminée, il est permis de voir en chaque étoile une fourche, dans un corps même humain "une substance pleine de points, de lignes et d'angles" et cela sans plus, dans un animal à plumes les plumes, dans un autre animal les poils, de ne juger la France, l'Espagne que selon leur contour sur la carte et ce qu'il offre dans sa sinuosité de particulier, de ne demander au réel que le surexpressif, l'expressif au sens le plus enfantin, et de ne rien combiner au-delà de cet expressif. Mot pour œil, dent pour mot. On peut, sous prétexte d'avoir à se jeter à l'eau, apprendre à nager en suspendant à son cou des pierres de plus en plus grosses. Personne, après tout, n'assiste au pesage. On peut aussi apprendre, par exemple, à fort bien tirer l'épée, ne serait-ce que pour dire quand bon semble : "Voici ma carte" et être sûr de choisir son terrain. Sur le sien je reconnais que Miró est imbattable. Nul n'est près d'associer comme lui l'inassociable, de rompre indifféremment ce que nous n'osons souhaiter de voir rompu.

» La cigale, qui ouvre sur les champs du Midi des yeux grands comme des soucoupes, accompagne seule de son chant cruel ce voyageur toujours aussi d'autant plus pressé qu'il ne sait où il va. Elle est le génie infixable, délicieux et inquiétant qui se porte en avant de Miró, qui l'introduit auprès des puissances supérieures auxquelles les grands Primitifs ont eu quelque peu affaire. Elle est peut-être, à elle seule, le talisman nécessaire, l'indispensable fétiche que Miró a emporté dans son voyage pour ne pas se perdre. C'est à elle qu'il doit de savoir que la terre ne tire vers le ciel que de malheureuses cornes d'escargot, que l'air est une fenêtre ouverte sur une fusée ou sur une grande paire de moustaches, que pour parler révérencieusement il faut dire : "Ouvrez la paranthèse, la vie, fermez la paranthèse", que les cœurs, littéralement : "Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier, que la bouche du fumeur n'est qu'une partie de la fumée et que le spectre solaire, prometteur de la peinture, s'annonce, comme un autre spectre, par un bruit de chaînes."

» J'aimerais, je ne saurais pas trop y insister, que Miró n'en conçut pas un orgueil délirant et ne se fiât pas à lui seul, si grands que fussent ses dons, si fidèle que lui demeurât jusqu'à ce jour l'inspiration, si originale qu'apparût sa manière, - pour réaliser entre des éléments d'apparence immuable les conditions d'un équilibre bouleversant. Le délire n'a rien à voir en tout ceci. L'imagination pure est seule maîtresse de ce qu'au jour le jour elle s'approprie et Miró ne doit pas oublier qu'il n'est pour elle qu'un instrument. Son œuvre, qu'on le veuille ou non, engage un certain nombre de notions générales à la révision desquelles d'autres lui sont attachées. Il serait vain de tenir ces notions, dans l'état où elles sont, pour des simples concepts subjectifs incapables de prendre une nouvelle réalité objective hors de l'entendement qui les conçoit. N'en déplaise à quelques idiots, je donne ici pour imprescriptibles d'autres droits que ceux de la peinture et malgré tout j'espère que Miró ne me contredira pas si j'affirme qu'il a d'autres soucis que de procurer à qui que ce soit un plaisir gratuit de l'esprit ou des yeux. "Tout dire se peut avec l'arc-en-ciel des phrases" : souscrire comme je crois devoir le faire à cette maxime de Xavier Forneret, c'est ne pas s'attarder à la contemplation de cet arc-en-ciel et c'est, au-delà, s'instruire de ce que Miró dit. » André Breton (Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée, 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, pp.36-41)

Expositions


- Paris, Galerie Daniel Cordier, Exposition internationale du surréalisme, 1959-1960, sans numéro
- Londres, Art Council of Great Britain, Joan Miró, 1964, n° 35 (étiquette au dos)
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, Féminin-masculin, Le sexe dans l'art, 1995-1996, rep. n° 388, p. 491
- Paris, Pavillon des Arts, Le surréalisme et l'amour, 1997, rep.p. 165, n° 107, p. 230
- Stockholm, Moderna Museet, Joan Miró, Creator of new worlds, 1998, rep.p. 20, n° 7

Bibliographie

- La révolution surréaliste, première année, n° 5, 15 octobre 1925, rep.p. 25
- Jacques Dupin, Miró, Paris, Flammarion, 1961, n° 95, p. 492
- Robert Benayoun, Erotique du surréalisme, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1965, rep.p. 125
- André Breton, Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée, 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, pp. 36-41
- Xavier Domingo, Erotique de l'Espagne, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967, rep.p. 64
- Michel Tapié, Joan Miró, Milan, Fratelli Fabbri, 1970, n° 18
- Gaëtan Picon, Le surréalisme, 1919-1939, Genève, Edition d'art d'Albert Skira, Genève, 1983, pp. 88-89
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991, rep.p. 254
- Pere Gimferrer, Les arrels de Miró, Barcelona, Poligrafa, 1993, rep. n°97, p. 61
- Jacques Dupin, Ariane Lelong-Mainaud, Joan Miró, Catalogue raisonné, Paintings, volume I : 1908-1930, Paris, Daniel Lelong & Succession Miró, 1999, rep.p.1924_89, n° 97

Date de création1924
Date d'édition1924
Languesfrançais
Notes92,7 x 73,5 cm (36 1/2 x 28 7/8 in.) - Huile sur toile
Crédit© ADAGP, Paris, 2005.
Vente Breton 2003Lot 4040
Mots-cléspeinture, surréalisme, érotisme
CatégoriesTableaux
Série1959-1960, [E.R.O.S.]
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100725910