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L'étrange cas de Monsieur K

Tableau

Auteur

Artiste Victor Brauner

Descriptif

Huile sur toile de 1933 reprenant le personnage de Monsieur K., figure satirique inventée par Alfred Jarry.

Signée et datée en bas à droite : « Victor Brauner 1934 » ; signée au dos en haut à droite : « Brauner » ; sur le châssis, écrit à la main par l'artiste, « Analogie des événements ».

« Botte rose blanche
» tel est le vers sur la fraîcheur ou le parfum duquel, en rêve, la nuit dernière, attirait mon attention Victor Hugo ressemblant fort à ce Bonnet, inculpé de l'assassinat d'une foraine, qui passe actuellement en jugement.
» Comme je m'étais endormi en songeant à Victor Brauner et aux quelques mots de présentation qu'exigeait de moi la très prochaine exposition de ses toiles, je pense que Botte rose blanche exprime synthétiquement le goût que je puis avoir de celles-ci (la légère altération auditive : Brauner - Bonnet, et la persistance du prénom : Victor, permettant à elles seules, L'identification). Ce qui m'enchante ce matin est de garder intacte la sensation de plaisir que me causa ce vers, extrait savamment par Victor Hugo d'un long poème que j'ai oublié. Cette sensation est le type même de celles que fournit, dans les états troubles de la conscience, la perception interne et sur l'importance desquelles Freud a vivement insisté. Elle me donne la mesure du pouvoir inconscient que peut exercer sur moi l'œuvre de Brauner. Cette œuvre est donc de nature à provoquer en moi une modification appréciable de la force énergétique. Très au-delà de toute considération d'agrément ou de désagrément immédiat (tant pis pour qui répugnerait ici, à la place d'un visage, à découvrir un crapaud), une telle aptitude est la seule qui compte, c'est en elle seule que l'art peut placer son critérium d'authenticité.
» L'imagination chez Brauner est violemment déchaînée ; elle brûle et tord les filières par lesquelles le surréalisme même est tenté parfois de faire passer, à des fins systématiques d'ailleurs admissibles. La grande marmite nocturne et immémoriale gronde au loin et à chaque coup de gong frappé - c'est son couvercle qui bat - glissent par l'entrebâillement toutes sortes d'êtres et d'objets douteux qui se répandent dans la campagne mentale.
» Cervelle de chat, plumes de paons, trognons de choux, coquilles d'œufs, agate, scrupules de loup se sont étroitement unis à toupie, cabine de bain, yeux de verre, portemanteau, boîte d'allumettes, scaphandre ressortissant au pire scabreux moderne pour parfaire une substance émanant véritablement de l'inconscient collectif. Cette substance phosphorique est celle des personnages de Brauner. Le hiératique, le fantomatique et l'automatique qui se les disputent ne sont pas pour nous faire oublier la grande et primitive inquiétude dont ils sont issus : le désir et la peur président en effet, excellence, au jeu qu'ils mènent avec nous, dans le cercle visuel très inquiétant où l'apparition lutte crépusculairement avec l'apparence. Il s'agit de savoir à chaque seconde qui l'emportera de l'instinct sexuel et de l'instinct de mort. La peinture remarquablement libre de Brauner nous fait assister, peut-être comme aucune autre, à ce combat singulier.
» Ne fût-ce que par là, cette peinture pourrait prétendre à la plus haute valeur sociale. Je dis qu'elle nous dédommagerait à elle seule, sur le plan social de l'outrecuidance d'une prétendue peinture de propagande révolutionnaire (petite sortie d'usine avec faucille et marteau dans le ciel). La peinture de Brauner est armée et, en marge de ce qui s'y déroule manifestement, s'exalte toujours le dernier épisode d'un combat de rues, dont il faut que toutes les puissances d'asservissement humain sortent domptées. Monsieur K... barré de décorations, de messes, de prostituées et de mitrailleuses, ne campe pas en vain à l'entrée de cette exposition, un ventre comparable à celui qu'Alfred Jarry avait déjà tatoué d'une cible. Cette image, en se précisant, a depuis longtemps cessé de nous faire rire. La vision de Brauner, à tout coup, l'atteint en plein centre d'une balle. » André Breton (Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, p. 121-122).

« Le personnage de Jarry, qui a eu une si grande importance pour les surréalistes, a aussi fasciné Victor Brauner, mais c'est surtout dans L'étrange cas de M. K. et dans Force de concentration de M. K. qu'il l'a personnifié avec le plus de vigueur. Représenté de préférence nu avec les insignes de sa puissance : décorations, revolver, à la place du sexe et du cerveau, ridicule, mais terrifiant, M. K. ne prend pas seulement tous les aspects des pouvoirs de la société : militaire, banquier, propriétaire, policier, serviteur de l'église, il est partout et ce peut être tout aussi bien l'individu anonyme et inoffensif que nous côtoyons quotidiennement. »
(Paris, Musée national d'art moderne, Victor Brauner, 1972, p. 93).

 

Expositions

- Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Exposition Minotaure, 1934, n° 20.
- Paris, Galerie Pierre, Exposition Victor Brauner (présentation d'André Breton), 1934, n° 1
- Hannover, Kestner-Gesellschaft Hannover, Victor Brauner, 1965, rep.p. 21, n° 21
- Wien, Museum des 20. Jahrhunderts, Viktor Brauner, 1965, rep.p. 13, n° 21
- Amsterdam, Stedelijk Museum, Victor Brauner, 1965/1966, rep.s.p., n° 16
- Paris, Musée national d'art moderne, Victor Brauner, 1972, n° 19, p. 93
- Frankfurt, Schirn Kunsthalle, Die Surrealisten, 1989, rep.p. 220, p. 406
- Milano, Palazzo Reale, I surrealisti, 1989, rep.p. 349, p. 622
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, André Breton, La beauté convulsive, 1991
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, Face à l'histoire, 1933-1996, 1996-1997, rep.p. 172, p. 610
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, La Révolution surréaliste, 2002, rep.p. 226, p. 433
- Düsseldorf, K20 Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Surrealismus 1919-1944, 2002, rep.p. 232
- Salzburg, MdM Rupertinum, Victor Brauner "Der fantastische Bilderbogen", 20 mars 2004-06 juin 2004
- Mamiano di Traversetolo (Italie), Fondazione Magnani Rocca, Da Monet a Boltanski, 01 avril 2006-16 juillet 2006
- Chambéry, Musée des Beaux-Arts - Musées d'art et d’histoire de Chambéry, Victor Brauner, 12 octobre 2007-14 janvier 2008
- Paris, Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, 1931, Les étrangers au temps de l’exposition coloniale, 06 mai 2008-05 octobre 2008
- Athènes, B. and M. Theocharakis Foundation for the Fine Arts and Music, De Monet à Yves Klein. Les grandes figures des Modernistes en Europe, 25 novembre 2008-22 février 2009

 

Bibliographie

- Sarane Alexandrian, Victor Brauner l'illuminateur, Paris, Éditions Cahiers d'art, 1954, rep.s.p.
- Robert Benayoun, Érotique du surréalisme, Paris, Jean-Jacques Pauvert Editeur, 1965, rep.pp. 92-93
- André Breton, Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, rep.p. 120, pp. 121-122
- William S. Rubin, Dada and surrealist art, Londres, Thames and Hudson, 1969, rep.pp. 302-303
- Marcel Mariën, L'activité surréaliste en Belgique (1924-1950), Bruxelles, Le fil rouge, Édition Lebeer Hossmann, 1979, rep.p. 236
- Didier Semin, Victor Brauner, Paris, Réunion des musées nationaux, Filipacchi, 1990, rep.p. 53
- Paris, Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou, André Breton, La beauté convulsive, 1991, rep.p. 319
- Milan, Galleria Credito Valtellinese, Victor Brauner, 1903-1966, 1995, reproduction page 12
- Gérard Durozoi, Histoire du mouvement surréaliste, Paris, Hazan, 1997, p. 266
- Margaret Montagne, L'œuvre graphique de Victor Brauner (1903-1966), Étude et catalogue du fonds d'atelier conservé au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne, Thèse de doctorat d'histoire, mention « Histoire de l'art », sous la direction du Professeur Dario Gamboni, volume I bis, annexes, Lyon, Université Lyon II, 1998, rep.s.p., n° 95.
- Catalogue Museum der Modern Salzburg, Victor Brauner : Der Phantastische Bilderbogen, 20 mars 2004-31 mai 2005, Vienne, Bilder bei VBK, 2004 (Bibliothek der Provinz), rep. p. 65

Date de création1933
Date d'édition1933
Languesfrançais
Notes82 x 100,5 cm (sans cadre) 94 x 113,5 x 5,5 cm (avec cadre) - Huile sur toile
Musée

Musée d'Art moderne, Saint-Étienne : 2003.6.1

Modalité d'entrée dans les collections publiquesMusée d'Art moderne, Saint-Etienne
Crédit© ADAGP, Paris, 2005.
Vente Breton 2003Lot 4075
Mots-cléspeinture, surréalisme
CatégoriesMusée d'Art moderne de Saint-Étienne, Musées, Tableaux
Série1991, La Beauté convulsive, centre Pompidou
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100208960

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Légèrement chaude ou Adrianopole

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Victor Brauner

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Huile sur bois datée de 1937. Le Musée d'art moderne de Saint-Étienne possède une série de dessin portant le même titre et la même date.
Une image, une longue notice descriptive, une bibliographie, des expositions.

1937, galerie Gradiva, 1938, Exposition internationale du Surréalisme

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Victor Brauner dans son atelier

-
Walter Lichtenstein, dit Limot

Photographie de Victor Brauner dans son atelier rue Perrel vers 1947.
Une image, une notice descriptive.