La Collection

Accueil > Œuvres > Succube

Succube

Tableau

Auteur

Artiste Pierre Molinier

Descriptif

Technique mixte de 1952. En 1955, Pierre Molinier envoya à André Breton un album photo dans lequel cette œuvre était reproduite.

Peinture signée et datée en bas à droite : P. Molinier 1952. Porte le monogramme de Molinier en bas à droite.

Dans une lettre du 8 avril 1955, Breton faisait part à Molinier de ses impressions à la vue d'un album photo que ce dernier lui avait envoyé : « J'ai personnellement admiré [...] La femme Succube (sensationnel) [...] » (Paris, Musée national d'art moderne / Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991, p. 415)
Plus tard, en 1959, Le lexique succinct de l'érotisme paru dans le catalogue de l'Exposition internationale du surréalisme à la Galerie Daniel Cordier comprendra la définition de la «Succube» établie par André Breton :
« Succube - Créature féminine de tentation qui hante l'autre versant de la vie, celui qu'on aborde les yeux fermés. Bien que décrite d'ordinaire comme d'aspect répulsif, elle peut être admirablement belle. Quoi qu'il en soit, il est peu probable qu'aucun homme soit à même de se soustraire à ses avances, qu'elle choisisse de l'épuiser dans ses bras ou de lui fausser compagnie en chemin. Identifiables parmi les succubes Mmes d'Uctil, d'Ouçamer, la d'Ilu, etc. »

Pierre Molinier
« La foudre, on ne l'avait plus vue se manifester dans la peinture depuis la Sémélé de Gustave Moreau, qui peut passer pour son testament poétique et, peut-être, l'admirable Puberté d'Edward Munch. Pierre Molinier renouant le pacte avec elle, il n'est pas surprenant que l'œil soit, devant ses toiles, appelé d'abord à se défaire de toutes les habitudes et conventions qui régissent de nos jours la manière de voir, de plus en plus aveuglément soumise à la mode. Cet œil est, en effet, mis ici en demeure d'accommoder avec tout autre chose que ce qui, dans l'art, le sollicite généralement. Dût en souffrir le goût moutonnier qui sévit du sommaire et du clair, ce qui chez Molinier est à atteindre, aussi bien que chez Moreau et Munch, suppose tout le cortège de la sirène des brumes. Il faut écarter de lourdes tentures pour pénétrer.
« D'une fusion de joyaux entre lesquels domine l'opale noire, le génie de Molinier est de faire surgir la femme non plus foudroyée mais foudroyante, de la camper en superbe bête de proie. La vertu de son art, qui se veut délibérément magique, aussi dédaigneux que possible des puérils artifices du trompe-l'œil (quand bien même ceux-ci seraient mis au service de l'imagination), est d'enfreindre la loi qui veut que toute image peinte, si évocatrice soit-elle, demeure malgré tout objet d'illusion consciente, n'accède pas au plan de l'intervention active dans la vie. Les contes ont eu beau véhiculer vers nous le vieux rêve oppressant du personnage descendant de son cadre, ce n'est pas la peinture, par ses moyens propres, qui jusqu'ici nous avait acculés à cette perspective menaçante. Je ne crains pas de dire qu'avec Molinier, pour la première fois, il en va autrement. Une échelle de soie a pu enfin être jetée du monde des songes à l'autre, dont se trouve ainsi démontré qu'elle ne pouvait être que celle de la tentation charnelle. Cette tentation insinuante en diable, dans les yeux des merveilleuses créatures qui s'offrent ici sans vergogne, fait ciller et vaciller tour à tour, les conjuguant, ceux que nous ne pouvions que prêter à la Mathilde du Moine, à l'Alberte du Rideau cramoisi, à la Solange des Détraqués, à Madame Edwarda, à O, à la Lucie, "petite folle des bois" du Jules César de Joyce Mansour. À qui en douterait, un défi : ces tableaux souffrant incontestablement au voisinage de tous autres, qu'un homme jeune ou dans la force de l'âge, libre d'attache, voire une femme quitte de tout préjugé, emporte pour quelques jours les Dames voilées, Cosmac, Comtesse Midralgar ou Eunazus dans le secret d'une chambre d'hôtel (en prenant soin de la cacher aux domestiques) : il nous en dira des nouvelles ! "Elles sont, nous prévient leur auteur, envahissantes. Se les approprier n'est aucunement savoir qui l'on introduit dans son intimité, cela dépend du comportement. Elles n'accordent leurs lèvres que difficilement mais..."
« Il n'en est pas moins vrai qu'elles répètent à qui veut les entendre, telles les Guivres de l'Enchanteur pourrissant : "Nous voudrions le baiser sur nos lèvres que nous léchons pour les faire paraître plus rouges... nous qui ne sommes que des bêtes, sauf le baptême, et qui, malgré le bel espoir, nous mordons les lèvres, nos belles lèvres, souvent, en nos gîtes accessibles", et que voici indiqué l'accès même à ces gîtes.
« Tout ce que Pierre Molinier a peint en dehors d'elles participe, avec la digitale, la belladone et la stramoine, de leur sillage de rosée. Ses fleurs, fussent-elles des pivoines répandues, exhalent encore le parfum de leurs cuisses, d'autant plus ravissantes que damnantes d'hybridité.
« "Là, dit Rimbaud, la moralité des êtres actuels se décorpore en sa passion ou en son action. - Ô terrible frisson des amours novices sur le sol sanglant et par l'hydrogène clarteux ! Trouvez Hortense."
« La voici. » (Paris, L'Étoile scellée, (préface d'André Breton), 1956)

En 1955 Molinier, qui avait déjà fait parvenir à Breton, des photographies de ses toiles et quelques poèmes, entame une correspondance avec ce dernier. Il collabore à la réalisation de quatre des cinq numéros du Surréalisme, même et participe à l'exposition E.R.O.S en 1959.
Cette collaboration Breton-Molinier rencontre un accueil assez réservé de la part des surréalistes qui étaient «traumatisés» par le « côté complètement sexuel » de la peinture de Molinier. En revanche, l'artiste considérait avoir « pu rencontrer chez les surréalistes une compréhension totale de ce qui était en (lui) ».
Après 1963, ses relations avec le groupe surréaliste sont interrompues, malgré les liens de sympathie avec Joyce Mansour et Clovis Trouille. (d'après Gérard Durozoi, Histoire du mouvement surréaliste, Paris, Hazan, 1997, p. 547)

Expositions


- Paris, L'Étoile Scellée, Molinier, 1955, rep.s. p., n° 3
- Paris, Musée national d'art moderne / Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991
- Paris, Pavillon des Arts, Le surréalisme et l'amour, 1997, rep.p. 189, p. 231, n° 109

Bibliographie

- André Breton (par) avec le concours de Gérard Legrand, L'art magique, Paris, Formes et reflets, Club français de l'art, 1957, rep.s.p.
- Paris, Galerie Daniel Cordier, Exposition internationale du surréalisme, 1959-1960, rep.p. 140
- André Breton, Le surréalisme et la peinture, Nouvelle édition revue et corrigée, 1928-1965, Paris, Gallimard, 1965, rep.p. 245
- Molinier, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1969, rep. s.p.
- Lexique succinct du surréalisme, Paris, Éric Losfeld, 1970, rep.p. 73, p. 74
- Paris, Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991, rep. p. 457

Date de création1952
Date d'édition1952
Languesfrançais
Notes94,5 x 85,5 cm (37 1/4 x 33 5/8 in.) - Technique mixte sur papier marouflé sur carton collé sur toile de sac
Crédit© ADAGP, Paris, 2005.
Vente Breton 2003Lot 4372
Mots-cléspeinture, sexualité
CatégoriesTableaux
Série1991, La Beauté convulsive, centre Pompidou
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100193040