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Masque de l'homme-baleine

Alaska

Objet divers

Descriptif

Probablement d'origine Yup'ik, ce masque du début du XXe siècle figure une personne-baleine. Il fut acquis par Breton en 1935 chez Charles Ratton.

Ce masque sculpté au début du xxe siècle figure une baleine ou plus exactement une « personne baleine ». En effet, les Yupiit (Alaska) considèrent les animaux comme des personnes dotées des mêmes qualités que celles possédées par les humains. En forme d'un corps de baleine, le masque se prolonge par une tête humaine aux traits finement sculptés, surmontée d'une touffe de plumes. Le petit orifice situé au sommet de la tête représente l'évent du mammifère marin tandis que les plumes tiennent lieu du jet d’eau qui s’en échappe. Au niveau des épaules, partent deux bras qui se terminent par des nageoires sur lesquelles repose un phoque. La tête comporte un visage humain stylisé sculpté en bas-relief, qui figure le yua, l'âme de l’animal, ou littéralement « sa personne ». C’est en combinant des éléments zoomorphes et des éléments anthropomorphes – généralement un visage humain figurant l’intériorité de cet animal – que les Yupiit construisent les images de « personnes animales », certains traits caractéristiques d’une espèce permettant d’identifier l’animal.

Ce masque a été échangé par André Breton avec un autre objet lors de l'exposition de juillet 1935 chez Charles Ratton, « Exposition de masques et d'ivoires anciens de l'Alaska et de la côté nord-ouest de l'Amérique ». Cependant c'est au cours des années 1942-1946, lors de leur exil américain à New York,  que furent constituées d’importantes collections d’art amérindien (côte Nord-Ouest et Sud-Ouest) et yup’ik) par Breton et ses amis. Robert Lebel, Roberta Matta, Enrico Donati, Isabelle Waldberg et Dolores Vanetti, avaient un goût particulier pour l’art yup’ik du Kuskokwim et du bas-Yukon. Lebel nous a laissé un document précieux, sous forme d’un carnet de dessins reproduisant les masques achetés par lui-même et ses amis ainsi que d’autres masques exécutés d’après des planches publiées dans des ouvrages d’ethnographie, dont le fameux The Eskimo about the Bering Strait d’Edward William Nelson. Dans ce carnet (collection Musée du quai Branly), Lebel a dessiné ce masque, masque qu'il attribue à Dolores Vanetti.

La superbe collection de Breton comprend sept masques en provenance de cette région (voir photographie de son atelier à Paris, juin 1956, Sabine Weiss) qu’il avait achetés auprès de George Heye, fondateur du Museum of the American Indian, par l’intermédiaire de l’antiquaire new-yorkais Julius Carlebach. À partir des années 1920, George Heye, confronté à de graves problèmes financiers, décide de vendre ou d’échanger des pièces qu’il considère à tort comme des doublons, car même si les masques yup’ik étaient souvent fabriqués par paires, l’un était complémentaire ou symétrique de l’autre. C’est ainsi que le Museum of the American Indian qui possédait la collection la plus importante au monde de masques yup’ik en a cédé une soixantaine à Carlebach dans les années 1940 – pour le grand bonheur de collectionneurs aussi passionnés que les surréalistes.

Les surréalistes étaient conquis par le pouvoir de suggestion de ces objets très intimement associés au rêve et à la vision, et par leur grande liberté formelle. Les masques vus par le chamane dans leurs rêves naissaient de l’assemblage de matériaux hétérogènes (bois, plumes, poils) sous les doigts des artistes qui travaillaient sous sa direction. Ils apparaissaient dans la maison cérémonielle à la fin de l’hiver lors de rituels propitiatoires auxquels participait l’ensemble de la communauté pour invoquer certains animaux (baleines, phoques, caribous, etc.) afin qu’ils mettent leurs corps à disposition des humains lors la prochaine saison de chasse pour que ceux-ci puissent se nourrir et survivre dans un environnement hostile. Portés par les danseurs ou accrochés aux murs de la maison cérémonielle, les masques rendaient visibles et présents les « âmes » des animaux et les esprits auxiliaires des chamanes. Leur apparition était accompagnée par des récits retraçant certains aspects de la mythologie et par des chants rythmés au son des tambours. Ces masques étaient à l’origine des créations éphémères : censés être encore investis d’un pouvoir à l’issue des cérémonies, ils étaient détruits par le feu ou abandonnés sur la toundra. [Marie Mauzé, site André Breton, 2014]

 

Exposition

- Cahors, Musée de Cahors Henri-Martin, La Maison de verre, André Breton, initiateur découvreur, 20 septembre - 29 décembre 2014 (exposition prolongée jusqu'au 1er février 2015)

 

Bibliographie

- Paul Éluard, « La nuit est à une dimension », Cahiers d'Art, n° 5-6, 10e année, 1935, p. 99-100, rep. p. 100.

- Musée de Cahors Henri-Martin, La Maison de verre André Breton initiateur découvreur, Paris, Éditions de l'Amateur, 2014, rep. p. 93, 94, cité p. 92-94

- Marie Mauzé, "The Yup'ik World And The Surrealists", in Donald Ellis (dir.), Art Of The Arctic: Reflections Of The Unseen, with essays by Dawn Ades, Colin Browne and Marie Mauzé, London, Black Dog Publishing, 2015, p. 54-61 , rep. p. 57, notes p. 152.

Date de créationXXe siècle
Languesfrançais
Notes

Bois, plumes, 50 x 9 x 17 cm
n° inv. 12/914 et 1629

ProvenanceMuseum of the American Indian (Heye Foundation)
coll. Dolores Vanetti
coll. Charles Ratton
Lieu(x) d'origineAlaska
Dimensions17,00 x 50,00 x 9,00 cm
Créditphoto Benjamin Krebs, © AAAB/MCHM
Référence4752000
Mots-clésobjet cérémoniel, peuples d'Arctique
CatégoriesInuit et Yup'ik
Série2014, La Maison de verre, Musée de Cahors, [Revue] Cahiers d'art
Permalinkhttp://www.andrebreton.fr/work/56600100191070
1 Commentaire
 

 L'analyse de l'exposition de 1935 chez Charles Ratton et des inventaires envoyés par George Heye au marchand donne tout à fait raison à Marie Mauzé : le masque a effectivement été acquis à Paris en 1935 ou en 1936 (Elizabeth Cowling indique que Breton a justement acquis un masque inuit un an après l'exposition, se fondant certainement sur les souvenirs de Robert Lebel).

Le masque qui apparaît dans le carnet de Robert Lebel et qui a été acheté par Dolores Vanetti était probablement son jumeau.

 

15/10/2016