Beauté de l'imagerie populaire
« Que vous songiez à faire bénéficier un large public des connaissances et des plaisirs que vous a valus votre quête ininterrompue et passionnée de l'art populaire, c'est là une nouvelle qui me réjouit plus encore le cœur que l'esprit. Cet art populaire, je vous dois, pour ma part, d'être parvenu à mieux m'orienter à travers le foisonnement des œuvres qui supportent d'être groupées sous son pavillon et dont nous nous sommes accordés si souvent à penser qu'elles valaient - c'est le moins qu'on puisse dire - toutes sortes d'œuvres individuelles signées de noms plus ou moins illustres, conçues dans un esprit plus ambitieux. Rien, dans le sens de cet "appel d'air" que je n'ai cessé de préconiser, n'est d'un effet comparable à ceux que peuvent procurer nombre d'entre elles, très précisément celles auxquelles est allé d'emblée votre choix. Qu'on y prenne garde, il y fallait toutes les qualités que j'apprécie en vous et que, pour on ne sait quelle voie, m'ont l'air de dériver de celles que nous prêtons à tel ancien enlumineur ou graveur sur bois, à tel artisan de l'objet fonctionnel ou autre (de la cuiller au jouet), à tel potier-émailleur de village, à condition que chacun d'eux soit issu de lui seul, je veux dire qu'il ait inventé son propre métier dans le respect de la vraie tradition cependant. Vous m'avez révélé, en particulier, la beauté de l'imagerie populaire à travers ses merveilleux aléas qui épousent ceux de l'histoire, vous avez fait courir sous mes yeux le fil subtil qui - pour ne parler que d'elle mais cela s'étendrait bien plus loin - ourd et trame la France de Chartres à Orléans, de Paris à Beauvais, de Nantes à Quimper, de Lille à Caen, pour se détendre de Toulouse à Epinal. Toute l'intelligence que nous pouvons avoir de notre propre pays, par un certain infléchissement des bleus, des roses, des verts de l'image d'un son, se dégageant de la courbure de nos rivières : à quoi se référer de plus précieux ? Je témoigne que vous êtes l'homme le plus apte que je sache à pouvoir le faire sentir, ici comme au loin. Je vous serre les mains
André Breton »
Dans cette lettre de 1956 à Edmond Bomsel, co-éditeur du Sagittaire et ami de longue date, extraite des Archives Bomsel et publiée dans André Breton, La beauté convulsive, Breton ne donne pas idée de sa collection pourtant riche de plus de 1000 objets et peintures d'expression populaire.
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